La Dame qui colle
Les murs ont la parole
Depuis 2021, La Dame qui colle orne les villes de portraits de femmes victimes d’agressions sexuelles. Son but ? Lutter contre l’injustice et les rapports de domination. Affichées sur les murs grandeur nature, ces oeuvres surgissent telles des sentinelles dans un espace public rongé par le harcèlement. Elles ont valeur de réparation comme d’affirmation de soi.
Elle les appelle ses « gardiennes de rue ». Ce sont des guerrières, des passantes figées dans une posture emplie de bravoure, leur regard planté dans le nôtre, puissant. Julie aka La Dame qui colle transforme les victimes en résistantes. « L’idée était de coller le portrait d’une femme qui a vécu une agression mais qui va se défendre, nous défendre », dit-elle. Ce projet a débuté il y a près de quatre ans. Originaire de la banlieue parisienne, cette Lilloise d’adoption passée par les Beaux-Arts de Bourges perçoit sa propre colère en écoutant celle des autres… Ces rencontres, visages et parcours singuliers confortent son envie d’investir l’espace public, dans un geste qu’elle qualifie d’« hyper politique ».
Mise en lumière
Concrètement, comment procède-t-elle ? À l’issue d’entretiens, l’artiste laisse à ses interlocutrices le choix de la pose et des vêtements. Des séances photo saisissent leur vérité, sans effet de séduction, avant l’étape du dessin. « Je n’interroge pas la question de la beauté des femmes, je les expose pour ce qu’elles sont, pas pour ce qu’elles représentent ». Les portraits sont ensuite imprimés et numérotés, l’anonymat est préservé. Puis vient le moment de coller, dans des endroits stratégiques et symboliques, fréquentés ou plus reculés. L’image se passe de tout commentaire. Elle manifeste une sororité sourde et libère une force lumineuse de la noirceur. La couleur est d’ailleurs apparue après des années de pratique en noir et blanc. Rejoignant sa propre série, la Lilloise s’est “autocollée”, en banlieue parisienne, pour mettre un morceau de sparadrap sur sa propre histoire…
Au-delà du genre
Pour l’heure, La Dame qui colle a réalisé quelque 250 portraits (à partir de 23 modèles) visibles dans une trentaine de villes, dont Lille, Paris, Bruxelles, Avignon, où elle s’est rendue en plein procès de Mazan pour afficher la figure de Gisèle Pelicot. Présentées à échelle humaine, dupliquées à l’envi, ses oeuvres agissent telles des vigies lors de balades en ville. Elles rassurent au sortir d’un bar, au détour d’une rue mal famée ou en attendant un transport en commun. « Souvent, les femmes me remercient, m’indiquent les rues problématiques ». Pour autant, Julie entend dépasser la seule cause féministe. Elle souhaite inscrire sa démarche au-delà des genres car, dit-elle, « l’injustice est globale et touche tout le monde ». Aussi, elle n’exclut pas de s’inspirer de modèles transgenres pour soutenir leurs revendications face à la résurgence du conservatisme…
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À visiter / @ladame_quicolle























