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Le revers du décor

All Inclusive
Kourtney Roy, Yellow Ferry, 2019, Série The Tourist
Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris

Perruque blonde, maillot de bain fluo, décors saturés d’artifices : la photographe canadienne Kourtney Roy débarque à la Cité de l’Économie avec All Inclusive, une exposition aussi séduisante que corrosive. Trente photographies pour un voyage dont les coulisses économiques, sociales et environnementales donnent franchement à réfléchir avant de boucler les valises.

Sous le soleil de Cancún, une estivante idéale boude et bulle au bord de l’eau, cernée de bouées et de gigolos bodybuildés. C’est Kourtney Roy elle-même qui ne fait décidément pas dans la demi-mesure. Cette artiste a construit une œuvre à la fois drôle et dérangeante, nourrie d’autofiction et de mise en scène cinématographique. Ses images, aux couleurs qui claquent comme celles de Martin Parr, entretiennent le flou entre fantasme et réalité. Elle ausculte cette-fois la mondialisation sous toutes ses coutures par le prisme du tourisme. Premier secteur économique de la planète, près de 10 % du PIB mondial, un emploi sur dix. Depuis les années 1960, il s’est déployé comme une promesse universelle de bonheur. Mais Roy préfère regarder là où ça grince. « Le monde est un foutu mystère incompréhensible et obscur », lâche-t-elle. Le ton est posé.

Colore le monde

Trois séries jalonnent le parcours. The Tourist, photographiée à Cancún et Miami, plante le décor avec une précision jubilatoire. La vacancière idéale que Roy incarne évolue dans un décor aux couleurs criardes, entre bar à cocktails et piscines translucides. Tout suinte l’artifice — et c’est exactement le propos. Car derrière ces images de carte postale que les réseaux sociaux amplifient à l’infini, le surtourisme transforme des destinations en parcs à thème, standardise les expériences et épuise les populations locales. Un touriste en hôtel de standing peut consommer jusqu’à quatre fois plus d’eau par jour qu’un habitant de la région.

La croisière déraille

Sorry, No Vacancy, réalisée au Texas, change radicalement d’atmosphère. Les routes désertes, les motels fermés et les paysages arides composent un western fantomatique où la belle erre en solitaire, héroïne d’un film sans spectateurs. Ces décors abandonnés évoquent la face cachée du tourisme saisonnier : des villes bondées l’été, fantômes le reste de l’année, dont les économies locales peinent à trouver un équilibre viable. Entre deux mondes, clôt le voyage à bord d’un ferry. Dans ce huis clos flottant, croisiéristes et travailleurs se côtoient sans vraiment se voir. C’est précisément dans cet espace-là que surgissent les vraies questions comme l’empreinte carbone des croisières, la pression sur les récifs coralliens, l’exploitation de la faune sauvage réduite à une attraction, les inégalités d’accès au voyage. Sans jamais asséner, Roy instille le doute et démonte les mécanismes du marketing qui fabriquent nos désirs d’évasion. Bon voyage, donc — mais les yeux grands ouverts.

Nicolas Pattou / Photo : Kourtney Roy, Yellow Ferry, 2019, Série The Tourist Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris
Informations
Paris, Cité de l’Économie
20.02.2026>20.09.2026mar > dim : 14h-18h • sam : 14h-19h, Gratuit sur présentation d'un billet d'accès à l'exposition permanente (12/6€), grat. (-6 ans)
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