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Vertige de l'amour

Hotel Flower Style, Kashiba (préfecture de Nara), 2023 © François Prost

Il s’est intéressé aux façades des discothèques de la France périurbaine, puis à celles des gun shops et strip clubs américains. Pour ce nouveau projet, François Prost a parcouru le Japon, en quête des love hotels les plus extravagants. En immortalisant ces architectures kitsch et chamarrées, ce photographe baroudeur souhaite dresser, dit-il, « un portrait vernaculaire des bords de route du pays nippon, loin des clichés habituels ». On le croit volontiers !

Difficile de les louper, même au coeur de cette jungle urbaine. Aussi hétéroclites qu’exubérantes, ces architectures détonnent dans le paysage japonais. Ici un château comme sorti d’un conte de fées, là une soucoupe volante posée entre deux immeubles, une maison parsemée de friandises façon Hansel et Gretel, une gigantesque baleine échouée au coin de la rue ou encore… un paquebot sur lequel se dresse un tyrannosaure ! Pour sûr, les love hotels savent se faire remarquer. « Oui, ils doivent se distinguer car ils sont très nombreux, parfois concentrés dans le même quartier, souligne François Prost. On en trouve partout, dans les centres-villes comme en périphérie ou dans les zones plus rurales ».

En toute intimité

Nés au début du xxe siècle (on les appelait alors “les chambres à 1 yen”), ces lieux se sont développés dans l’archipel à la fin des années 1960, sous le nom de “rabuhos” (ou “love hotels” donc). Désormais, on estime à près de 40 000 le nombre de ces établissements dédiés à l’amour et à l’esthétique indéniablement sucrée, évoquant des parcs d’attractions. « Quelque part, il s’agit aussi de rassurer les jeunes gens avec des codes visuels enfantins, “fun” ». En effet, ces endroits propres à la culture nippone sont devenus incontournables pour les couples (de tous âges) en quête d’intimité, pour quelques heures ou une nuit. « Les Japonais sont plutôt prudes et les rapports amoureux pas toujours bien vécus au sein du foyer familial, souvent de petite taille », explique le photographe français, qui ne pouvait être que charmé par tant de débordements créatifs…

Derrière la façade

Révélé il y a une dizaine d’années avec la série After Party, à travers laquelle il immortalisait les dancings de la France des campagnes, l’ancien graphiste fut tout aussi subjugué par ce drôle de patrimoine, à la fois kitsch et pop. En 2023, il s’est lancé dans un road trip de trois semaines, parcourant en voiture quelque 3 000 kilomètres à travers le pays du soleil levant, à la recherche de sites farfelus, de Tokyo à Kobe, en passant par Nagoya ou Osaka. Sa méthode n’a pas changé : le cliché est pris à bonne distance, suivant le même cadrage et en plein jour « pour faire jaillir les couleurs », mais sans jamais entrer dans ces hôtels. François Prost s’intéresse essentiellement aux devantures des bâtiments, selon lui plus bavardes que leurs intérieurs. « Les façades montrent ce qu’une société est prête à accepter visuellement. Elles parlent du peuple, décrivent ses influences culturelles. Les étudier relève de l’approche sémantique ». Ou comment offrir un peu plus de profondeur à la surface des choses…

Julien Damien / Photo : Hotel Flower Style, Kashiba (préfecture de Nara), 2023 © François Prost

Exposition / Paris, 15.03 > 18.05 Galerie du jour – agnès b., la-fab.com

À lire / Love Hotel, de François Prost (Fisheye Éditions), 40€

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