Restos routiers
L'aire de vérité
Guillaume BlotSalade de surimi, blanquette fumante, ballon de rouge et tutoiement obligatoire… Guillaume Blot a passé six ans à sillonner la France au volant de sa camionnette pour photographier les restos routiers, ces oasis de bitume où l’on mange bien et pas cher. Rencontre avec ces résistants du bord des routes.
Il range d’abord l’appareil photo dans son sac, commande un menu et écoute. C’est seulement une fois accepté par la communauté du comptoir que Guillaume Blot sort son boîtier. La démarche de ce photographe nantais de 36 ans, formé au CELSA puis aux Gobelins, est quasiment anthropologique. Après Buvettes et Rades (son tour de France des bistrots vendu à 17 000 exemplaires), il poursuit avec Restos routiers sa cartographie tendre de la France populaire, immortalisant 72 établissements et leurs fidèles clients. Le resto routier, c’est d’abord une institution née dans les années 1930, reconnaissable à son macaron bleu et rouge. À son apogée dans les années 1970, on en comptait 4 500 le long des nationales. Il n’en reste aujourd’hui que 700. Le principe n’a guère varié : entrée, plat, fromage, dessert, quart de vin et café pour une quinzaine d’euros. Le tout servi sans chichis, dans une salle où le tutoiement est immédiat. Certaines adresses font toujours le plein. À La Table d’Othe, dans l’Aube, les habitués se réveillent tôt pour réserver la choucroute mensuelle mitonnée par Benjamin et sa mère Corinne. Chez Mimi, dans le Lot-et-Garonne, la patronne élève et cuisine ses propres canards…

Fin de service
Ce que Blot photographie au flash « pour faire ressortir tout le peps et le piment de ces lieux », c’est aussi une humanité inattendue. « Il y a dans ces endroits un vrai mélange social, rare aujourd’hui. On s’y sent bien, un peu comme à la maison », confie le photographe. Son plus beau souvenir : Jacques, un ancien forestier de 92 ans, qui mangeait pour la première fois de sa vie un hamburger avec sa fille. Ce foyer de bord de route est pourtant menacé. L’essor des autoroutes a d’abord dévié les camions des nationales dès les années 1970, puis de grands travaux ont achevé d’éloigner la clientèle. S’y ajoute une évolution des pratiques : les jeunes routiers économisent sur les repas et se font livrer en cabine, tandis que la reprise de ces établissements peu rentables ne tente plus grand monde. Face à cette extinction programmée, ce livre s’impose comme une archive vivante autant qu’un acte militant. Une invitation à s’arrêter dans ces espaces en voie de disparition plutôt que de filer vers une aire d’autoroute aseptisée.
A lire / Restos Routiers, de Guillaume Blot (Gallimard-Hoëbeke), 184 pages, 28 €
A visiter / guillaumeblot.com
instagram ©heyguillaume















