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Face-à-face

© La Dame qui colle

Depuis 2021, La Dame qui colle orne les murs des villes de portraits de femmes qui ont subi des violences, afin de lutter contre le harcèlement de rue, entre autres. Avec environ 250 œuvres affichées à ce jour (pour 23 modèles, dont Gisèle Pelicot) de Lille à Bordeaux, en passant par Paris, Bruxelles ou Avignon, cette Lilloise lutte contre l’injustice et les rapports de domination. Rencontre avec une artiste lucide et bien décidée à faire bouger les lignes.

Quel est votre parcours ? J’ai toujours dessiné, donc décidé de suivre des études d’art. Mon travail est guidé par les questions d’injustice ou de rapports de domination. Puis je suis passée dans l’espace public. L’idée était de coller dans la rue le portrait d’une femme ordinaire ayant subi des violences et qui va se défendre, nous défendre. Ce sont des “Gardiennes de rue “.

Quel est votre parti pris esthétique ? Mes modèles choisissent leur pose et leurs vêtements, cela offre à ces images un aspect très ordinaire. Je n’interroge pas du tout la question de l’esthétique ni la beauté des femmes. Je les dessine pour ce qu’elles sont, en tant que survivantes, pas pour ce qu’elles représentent.

Comment choisissez-vous vos modèles ? Lors de mes sorties, j’en rencontre une, puis d’autres… J’ai une bonne oreille, donc j’obtiens pas mal de confidences. J’écoute la colère des autres et j’y entends aussi la mienne. Cela est arrivé que l’une d’entre elles connaisse déjà mon travail, mais la plupart du temps je choisis mes portraits.

© La Dame qui colle

© La Dame qui colle

Comment se déroulent les séances ? Elles débutent toujours par un moment de discussion, le temps que la personne raconte de nouveau son histoire, comment la chose a été subie… C’est assez lourd, et en même temps sororal. Ayant aussi vécu des violences, on est alors dans un rapport de partage. Ensuite, la séance photo prend environ quinze minutes. Je capture l’instant où elle est le plus elle-même, dans ses gestes de gêne ou de confiance.

Techniquement, comment procédez-vous ? Je dessine d’après la photographie car la question du réalisme m’importe beaucoup. Le rendu n’est pas le même qu’un dessin à main levée. Je ne travaille pas l’expression, mais vraiment l’identité. Et c’est avec la couleur que je donne du mouvement à la composition.

© La Dame qui colle

© La Dame qui colle

Comment déterminez-vous les lieux où coller ? Je ne touche pas aux murs classés ni aux lieux publics. J’évite aussi les propriétés privées. Je recherche des ruelles, des endroits ayant une histoire, qui sont des passages et représentent un scénario possible d’agression ou en tout cas de rencontre avec la femme que j’ai portraitisée, afin que cela donne la sensation qu’elle est vraiment en ville : elle se cache, sort d’un parking, guette… Lors du collage, ça se passe souvent bien. Les femmes me remercient, m’indiquent des rues problématiques et font même des selfies devant mes portraits !

Vous qualifieriez-vous d’artiste féministe ? Mon travail est hyper politique, pas tant féministe que cela. La part d’injustice est globale, elle ne touche pas que les femmes. Je compte aussi autour de moi des femmes transgenres, mais ce n’est pas le même combat. Elles ne font donc pas partie de la série des Gardiennes de rue, mais cela pourrait arriver, pourquoi pas !

Propos recueillis par Selina Aït Karroum

À visiter / @ladame_quicolle

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