Home Exposition Mondes souterrains

L'art en profondeur

Hercule arrachant Alceste des Enfers
Joseph Franque, Huile sur toile, 1806
Collection musée de Valence, art et archéologie
© Musée de Valence / Béatrice Roussel

Parés pour un voyage riche en émotions ? Le Louvre-Lens nous entraîne dans les mondes souterrains, tour à tour effrayants ou enchanteurs, mais toujours inspirants. Au fil de cette exploration entre réalité et imaginaire, ombre et lumière, on croisera Jules Verne et Émile Zola, Platon, Dante, Hadès et, bien sûr, des mineurs. Sculptures, peintures, installations, vidéos… Cette exposition réunit plus de 200 oeuvres, de l’Antiquité à nos jours, preuve d’une fascination abyssale pour le sujet.

Après nous avoir présenté les animaux fantastiques, le Louvre-Lens nous invite donc “20 000 lieues sous la terre”. Faut-il y voir un clin d’oeil au passé minier des Hauts-de-France ? « Évidemment, c’est un hommage à cette histoire ! », répond Gautier Verbeke, l’un des trois commissaires de cette exposition qui sonde, plus largement, « les mondes souterrains sous leurs multiples facettes, observant les projections qu’en a conçues l’humanité à travers les époques et civilisations ». Pensé comme un voyage en sept chapitres, ce parcours en clair-obscur est d’abord inquiétant. Guidés par une Sibylle, cette prophétesse antique qui communiquait avec les divinités cachées sous la surface, nous voici au seuil des profondeurs. On y découvre une multitude de grottes, gouffres ou volcans, figurés par Courbet, Rubens ou Christo et son fameux Cratère, réalisé à la peinture à la colle. Ne reste qu’à plonger dans les ténèbres…

Arrêt dans les enfers

Invisibles, inaccessibles, ces abysses ont de tout temps alimenté nos pires craintes. « C’est le lieu de l’enlèvement, comme celui de Perséphone par Hadès, où l’on enferme, torture. En somme, l’endroit de toutes nos peurs primaires ». En point d’orgue, celle d’être enterré vivant, comme l’illustre cette photographie de Maurizio Cattelan, prise lors d’une performance ahurissante. En 1999, l’Italien avait demandé à un fakir de s’ensevelir sous la terre, ne laissant dépasser que ses mains, jointes en un geste de prière. S’aventurant toujours plus loin, on arrive dans l’au-delà… « Les mondes souterrains sont assimilés au royaume des morts dans nombre de civilisations, l’inhumation étant très commune ». Ce chemin vers les enfers est peuplé de créatures peu amènes : monstres, démons et Satan himself, représenté par une superbe aquarelle de William Blake.

Satan harangue les anges rebelles, William Blake, Aquarelle, 1808 © Victoria and Albert Museum, Londres, Dist. RMNGrand Palais / image Victoria and Albert Museum

Satan harangue les anges rebelles, William Blake, Aquarelle, 1808 © Victoria and Albert Museum, Londres, Dist. RMNGrand Palais / image Victoria and Albert Museum

Après toutes ces émotions, il est temps de souffler. Car cette “vie du dessous” est également synonyme de trésors, de joyaux enfouis « mais aussi de fertilité, de germination, donc de retour à la vie », comme le montre cette Demeter de Jean Arp, sculpture tout en rondeurs, telle une harmonieuse allégorie de la “Terre-Mère”. Au fil de notre remontée vers la surface se dévoile un monde enchanteur, fait de découvertes archéologiques, de grottes mystiques (lieux d’apparition des saints) ou pariétales « où l’on trouve les premières traces de création humaine ». Celles-ci sont réinterprétées dans l’installation de Justine Emard (Hyperphantasia), confrontant peintures rupestres et IA. Car oui, les mondes souterrains sont des plus inspirants, aujourd’hui encore. En témoignent les toiles hyperréalistes de Bilal Hamdad, immortalisant des scènes de vie prises dans le métro (cette « ville sous la ville »). D’ailleurs, la dernière oeuvre du parcours, une pelle signée Laure Prouvost, est une exhortation à la créativité et à l’introspection. « Oui, l’artiste nous invite à creuser nos mondes intérieurs, car cette exposition est aussi une métaphore de la psyché. S’aventurer dans les profondeurs, c’est sonder l’âme humaine ». Alors creusons !

Julien Damien / Photo : Hercule arrachant Alceste des Enfers Joseph Franque, Huile sur toile, 1806 Collection musée de Valence, art et archéologie © Musée de Valence / Béatrice Roussel
Informations
Lens, Louvre-Lens

Site internet : http://www.louvrelens.fr/

Galerie du temps et Pavillon de verre :
Entrée libre et gratuite

Galerie d’expositions temporaires :
Tarif plein : 10€ / 18 – 25 ans : 5€ / – 18 ans : gratuit

Le musée est ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h (dernier accès et fermeture des caisses à 17h15).

Fermé les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.

27.03.2024>22.07.2024mer > lun : 10h-18h, 11/6€ (gratuit -18 ans)
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