Home Exposition Bellezza e Bruttezza

L'envers du beau

L'idéal, le réel et le caricatural à la Renaissance
Sandro Botticelli (attribué à), Portrait allégorique d’une femme (probablement
Simonetta Vespucci), ca.1490, © Collection Privée

À Bozar, la Renaissance retrouve toute sa puissance de fascination. Entre visages idéalisés, corps grotesques et figures marginales, Bellezza e Bruttezza explore notre obsession intemporelle pour l’apparence. Une exposition somptueuse qui fait dialoguer chefs-d’œuvre italiens et flamands bien avant l’ère des filtres et des réseaux sociaux.

C’est un festival ! De Vinci, Botticelli, Dürer, Titien, Tintoret, Véronèse, Cranach l’Ancien se répondent dans un parcours aussi érudit que spectaculaire consacré à la beauté et à son envers. Près d’une centaine d’œuvres y rappellent combien la grâce reste indissociable de la disgrâce. Elles nous fascinent autant l’une que l’autre. Dès l’entrée, la perfection des Vénus contraste avec des portraits de vieillards d’un réalisme saisissant. Ces derniers paraissent plus vivants que ces déesses dont les corps confinent à l’aberration anatomique pour satisfaire un idéal. Notons qu’à la Renaissance, perfection physique et morale vont de pair. Les canons de proportion formulés par Leon Battista Alberti (1435) et Albrecht Dürer (1528) cherchent à soumettre l’harmonie du corps à des règles mathématiques. Un héritage qui résonne singulièrement avec les standards imposés aujourd’hui par les réseaux sociaux, la publicité ou l’industrie cosmétique.

Quentin Matsys, Portrait d'une vieille femme, c 1514-1524, The Phoebus Foundation, Antwerpen © The Phoebus Foundation

De la Bellezza dans un monde de Bruttezza

 

L’exposition devient plus captivante encore lorsque la quête du beau bascule vers l’étrange. Têtes caricaturales inspirées de Léonard de Vinci, satyres, nymphes, bouffons, figures hybrides ou couples grotesques composent une galerie aussi drôle qu’inquiétante. La laideur n’y apparaît jamais comme un simple contrepoint : elle devient un sujet artistique à part entière. Moralité et immoralité s’entrelacent ainsi dans trois chefs-d’œuvre de Lucas Cranach l’Ancien où jeunes séducteurs et vieillards se livrent à d’ambigus jeux de pouvoir et de désir. La beauté des traits ne garantit plus celle de l’âme. Jusqu’au bout du parcours, le sublime côtoie l’inquiétant, comme dans les tableaux du maniériste Bartolomeo Passarotti. Ses scènes de genre montrent des corps déformés par le vice, preuve que la nature humaine résiste, toujours, aux canons et à la raison. À la Renaissance, l’humanité devient mesure de toute chose – pour le meilleur, pour le pire, et pour notre plus grand plaisir.

Régis Cotentin / photo : Sandro Botticelli (attribué à), Portrait allégorique d’une femme (probablement Simonetta Vespucci) © Collection privée
Informations
Bruxelles, Bozar

Site internet : http://www.bozar.be/

du mardi au dimanche, de 10:00 à 18:00, et le jeudi jusqu'à 21:00 (sauf pendant les vacances d'été).

>14.06.2026mar > dim : 10h-18h, 18/13€ (gratuit -18 ans)
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