Home Exposition Animaux fantastiques

En plein dans le mythe !

Roping, Will Cotton, 2019-2020
Courtesy de l’artiste et Templon, Paris-Bruxelles-New York © Will Cotton © ADAGP, Paris 2023

C’est à un voyage extraordinaire auquel nous convie le Louvre-Lens. Une excursion à travers le temps et les cultures, à la rencontre des animaux fantastiques : dragons, griffons, licornes… Quelle est l’origine de ces créatures hybrides aux pouvoirs surnaturels ? Quels rôles jouent-elles ? Que disent-elles de nous ? Réunissant près de 250 oeuvres, de l’Antiquité à nos jours, cette exposition nous plonge au coeur des mythes d’hier et d’aujourd’hui, entre peintures, sculptures ou extraits de films. Visite guidée – et un peu magique.

Gardons-nous de lui faire injure, mais la créature qui nous accueille dès l’entrée a une drôle d’allure. Un corps de cochon, des nageoires de poisson en guise d’ailes, des cornes de crustacés sur le crâne… Conçu par la compagnie lilloise Cendres la Rouge à partir d’une collection d’os hétéroclite, ce squelette de chimère résume à lui seul les enjeux de l’exposition : l’hybridité, l’ambivalence, les liens entre réalité et imaginaire. « Il nous inquiète autant qu’il nous fascine », ajoute Hélène Bouillon, la commissaire générale. À bien y regarder, notre propension à façonner un bestiaire surnaturel ne date pas d’hier. Dès la première salle du parcours on découvre ainsi des objets typiques de la civilisation mésopotamienne, soit 4 000 ans avant notre ère, dont un curieux sceau en forme de cylindre. Cet outil administratif est orné de serpopanthères (félins au cou allongé) et d’aigles léontocéphales (à tête de lion). Ce sont les ancêtres des dragons et griffons qui hantent aujourd’hui Game of Thrones ou Harry Potter.

Terreur et allégorie

Les animaux fantastiques sont donc nés en Mésopotamie et en Iran, avant d’être adoptés par les Égyptiens, « lorsque surgissent les premières villes et l’écriture ». Ils apparaissent en même temps que les dieux, mais remplissent une tout autre fonction : « incarner la terreur de l’être humain face à la nature qui déborde ». En somme, c’est une manière d’expliquer les mystères du monde. Les mythes mettant en scène des divinités anthropomorphes luttant contre cette faune sont ainsi des allégories de l’Homme domptant la nature, à l’image de ce Thor combattant le serpent de Midgard (1790), superbe toile de Johann Heinrich Füssli, entre autres chefs-d’œuvre présentés à Lens.

Thor combattant le serpent de Midgard Johann Heinrich Füssli 1790 Huile sur toile Royal Academy of Arts, London © akg-images

Thor combattant le serpent de Midgard Johann Heinrich Füssli 1790
Huile sur toile Royal Academy of Arts, London © akg-images

Le rôle de ces entités va évidemment évoluer au fil des civilisations. « L’ère chrétienne en fait un combat du bien contre le mal, à l’image de Saint-Georges luttant contre le dragon ». Quelles que soient les époques, ce dernier reste d’ailleurs « l’animal fantastique par excellence. Il est universel, atemporel et apparaît dans toutes les cultures », explique Hélène Bouillon. La créature est inspirée du serpent, et puise son nom du grec “drakon”, signifiant “celui qui regarde fixement”. « Il figure à la fois la vie et la mort, car le venin peut tuer ou guérir. Dès le néolithique, c’est le symbole de l’eau, donc de la fertilité, car il serpente comme une rivière, mais c’est aussi un être souterrain, donc inquiétant… ». Au-delà de leurs pouvoirs magiques et de leur forme hybride (« en gros, on prend les animaux les plus effrayants de la création et on les combine »), voilà la caractéristique principale de ces monstres : « ils sont ambigus, jamais complètement bons ni mauvais ». En témoigne ce brave Pazuzu, star maléfique du film L’Exorciste – et en goguette au Louvre. « Certes, il est porteur de maladies, mais tellement effrayant qu’il repousse tous les autres démons, c’est même un allié des exorcistes ».

Conversation with Smaug, D’après une aquarelle originale de J. R. R. Tolkien pour The Hobbit, 1937 © The Tolkien Trust 1977 Carton Delphine Mangeret et Anne Boisseau, Tissage Atelier A2, Aubusson, 2022 Aubusson, Cité internationale de la tapisserie © The Tolkien Trust 1977 © Tissage Atelier A2 / Aubusson 2022 © Collection Cité internationale de la tapisserie / Photo Studio Nicolas Roger

Conversation with Smaug, D’après une aquarelle originale de J. R. R. Tolkien pour The Hobbit, 1937 © The Tolkien Trust 1977. Carton Delphine Mangeret et Anne Boisseau, Tissage Atelier A2, Aubusson, 2022 . Aubusson, Cité internationale de la tapisserie © The Tolkien Trust 1977
© Tissage Atelier A2 / Aubusson 2022 © Collection Cité internationale de la tapisserie / Photo Studio Nicolas Roger

En toute fantasy

Au XVIIIe siècle, la science se développe. L’Homme explore la planète et se rend compte qu’il n’y a point de licornes à l’horizon – même le kraken est déclassifié, lorsqu’on découvre que c’est un calamar géant. « Le merveilleux quitte donc le monde réel, mais pas notre quotidien ». Et encore moins notre imaginaire. C’est même tout le contraire ! Les animaux fantastiques n’ont jamais été aussi nombreux. Cette recrudescence est concomitante à l’avènement de la fantasy « genre né d’une désillusion face à une société trop industrialisée, matérialiste, dans laquelle il n’y a plus aucune magie. Désormais, elle est véhiculée par la littérature, le cinéma… c’est le rôle de la pop culture ».

L’exposition se clôt sur une monumentale tapisserie d’Aubusson, reproduisant une aquarelle de Tolkien himself : Conversation with Smaug, épisode durant lequel Bilbo le Hobbit tue le dragon. Comme un symbole, l’oeuvre relie les époques, usant d’un média propre au Moyen Âge pour illustrer une épopée moderne. « Dans cette exposition, je souhaitais mettre sur un pied d’égalité les anciens mythes et les modernes, termine Hélène Bouillon. Car si ça se trouve, dans 2 000 ans Harry Potter sera le nouveau Gilgamesh ». Qui sait ?

Julien Damien / Photo : Roping, Will Cotton, 2019-2020 Courtesy de l’artiste et Templon, Paris-Bruxelles-New York © Will Cotton © ADAGP, Paris 2023
Informations
Lens, Louvre-Lens

Site internet : http://www.louvrelens.fr/

Galerie du temps et Pavillon de verre :
Entrée libre et gratuite

Galerie d’expositions temporaires :
Tarif plein : 10€ / 18 – 25 ans : 5€ / – 18 ans : gratuit

Le musée est ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h (dernier accès et fermeture des caisses à 17h15).

Fermé les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.

27.09.2023>15.01.2024mer > lun : 10h-18h, 11/6€ (gratuit -18 ans)
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