Le Monde fabuleux de Nicolas Eekman
Retour en grâce
Par quel mystère le nom de Nicolas Eekman (1889-1973) n’a-t-il pas atteint la renommée de ses contemporains, Max Ernst ou Fernand Léger ? Injustement sorti des radars et s’inscrivant dans les pas de grands peintres flamands (tel Jérôme Bosch ou James Ensor), l’artiste belge fait l’objet d’une rétrospective jusqu’à la rentrée au Musée de Flandre.
Nicolas Eekman est enfin (re)mis en lumière. Un an après l’exposition consacrée à ses gravures par le Musée du dessin et de l’estampe originale de Gravelines, l’artiste né à Bruxelles de parents hollandais est à l’honneur à Cassel. Cette fois-ci, il est question de peinture. Près de 80 toiles témoignent de ses multiples influences, entre expériences expressionnistes et tentatives cubistes, jusqu’à l’édification de son propre monde fantasmagorique. « Il avait beaucoup de talent, mais n’est pas né à la bonne époque », observe Cécile Laffon, directrice du Musée de Flandre. Car dans la première moitié du XXe siècle, rien ne compte en dehors des avant-gardes. L’art devient abstrait et Eekman, qui dès 20 ans donne des conférences sur Van Gogh, privilégie la figuration. « Il n’était pas fermé pour autant et avait pour ami Piet Mondrian », ajoute Cécile Laffon, balayant l’image de l’artiste incompris. « En s’installant à Paris en 1921, il a rencontré sa galeriste Jeanne Bucher qui lui a permis de vendre ses oeuvres à de grands musées. Mais il n’a jamais été dans l’air du temps… ».
C’est carnaval !
Portraits, nus féminins… Le Monde fabuleux de Nicolas Eekman répare cette injustice. Le parcours insiste sur la filiation avec les primitifs flamands, autant sur la forme (un support en bois et une multitude de glacis) que sur le fond, via la représentation d’un peuple laborieux, paysans puis ouvriers. À ceci près qu’Eekman, « engagé, très à gauche, admirait ces classes populaires là où Jérôme Bosch ou Pieter Brueghel l’Ancien les méprisaient ». Dans le tableau Le Quatuor de la zone (1945), référence à un bidonville ceinturant Paris jusqu’au milieu du XXe siècle, on voit quatre musiciens en guenille, évoluant de nuit et superbement éclairés. Outre la période fantastique, qu’Eekman embrasse à la fin de sa vie avec des toiles foisonnantes comme Poissons volants (1968), Cécile Laffon consacre une salle au goût du Hollandais pour le carnaval. Présentés en regard des géants Reuze Papa et Reuze Maman (bien connus à Cassel), les Arlequin, saltimbanques et personnages masqués du peintre sont une célébration éclatante du folklore de l’Europe du Nord.







