Maurizio Galante & Tal Lancman
Matières à rêver
Haute Couture, Design, ArtHaute couture, design et art – Maurizio Galante et Tal Lancman n’ont jamais choisi entre les trois, et c’est tant mieux. Magiciens des matières, ils investissent Calais avec une œuvre aussi précieuse qu’espiègle, déployée dans deux musées complices. Leur univers foisonnant croise les disciplines avec une liberté rare. Bienvenue dans un fascinant cabinet de curiosités contemporain.
Il y a des expositions qui classent et d’autres qui décloisonnent. Celle que Calais consacre au duo Galante-Lancman appartient résolument à la seconde famille. Pour la première fois, le Musée des beaux-arts et la Cité de la dentelle et de la mode unissent leurs espaces autour d’un même projet, riche de 160 pièces : robes, meubles et objets d’art ou de design. Deux ambiances distinctes, une seule cohérence poétique. La commissaire Lydia Kamitsis, qui accompagne les deux artistes depuis trois décennies, résume l’esprit en une formule limpide : « C’est une incitation à aborder la création librement en dehors des cadres contraints ».
Beautés hybrides
Dès l’atrium de la Cité de la dentelle, la rencontre est saisissante. La Tiger Cloud Installation, 2 500 feuilles de tulle découpées à la main et assemblées par des perles, restitue en taille réelle la silhouette d’un tigre suspendu dans l’air, aérien et grave à la fois. Les lampes Altaïca tigris, en forme de crâne de tigre, lui font cortège. L’ensemble rappelle avec élégance la menace qui pèse sur certaines espèces, mais sans pathos : ici le message passe par la beauté. Plus loin, le Boléro Drago de 1992, dont les triangles d’organza évoquent l’écaille d’un dragon, n’a rien perdu de son pouvoir de fascination. L’architecte Zaha Hadid, qui en possédait un exemplaire, y voyait une architecture souple, un vêtement habité par l’imaginaire, qui n’appartient plus tout à fait à la mode et pas encore à la sculpture. Le Vase en céramique dorée brodé de fil de laiton (2023) prolonge cette logique, croisant l’artisanat étrusque et la couture avec une évidence déconcertante.

Éloge du détail
Au Musée des beaux-arts, l’atmosphère se fait plus contemplative. Les 21 portraits de tulipes perroquet de Tal Lancman, photographies rehaussées à l’acrylique, sont l’aboutissement de quinze années d’observation patiente. Ces images suivent la fleur de sa naissance jusqu’à sa momification, révélant dans chaque pétale séché une beauté austère, presque sacrée. Face à elles, des Oiseaux brodés répondent en silence. Avec ces figurines de porcelaine ancienne entièrement recouvertes de plumes d’organza et de perles de verre (chacune fruit de 300 à 350 heures de travail), le fragile se greffe sur l’immuable avec grâce. Anne-Claire Laronde, directrice-conservatrice du pôle muséal de Calais, y reconnaît des « objets amis » pensés pour créer du lien. Elle perçoit aussi l’écho lointain de l’Arte Povera, magnifié par une maîtrise technique qui élève chaque matière, si humble soit-elle, au rang de merveille.













