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Retour à l'anormal

© Philippe Jarrigeon

À peine le temps de le voir tout bleu et tout nu, lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris, qu’il est de retour avec un quinzième album. En novembre, Philippe Katerine publiait Zouzou (du nom de son chien), éloge mélancolique de la normalité (si si !) et sans doute son disque le plus intime, qu’il défend durant une tournée passant par le Zénith de Lille. Ce n’est pas tout ! En ce même mois d’avril, le Vendéen participe à la Fiesta de lille3000. Outre une exposition à Lasécu, il présente sur la Grand’Place plusieurs déclinaisons de son Monsieur Rose, icone du “mignonisme”, un courant artistique qu’il a inventé – et dont il demeure l’unique membre. Une bonne occasion de le rencontrer, non ?

Comment qualifieriez-vous ce nouvel album ? C’est un disque rassurant, moins épineux que certains, centré sur le milieu domestique. On ne pourra pas vraiment me qualifier d’aventurier. Ici, l’aventure est plutôt dans la maison, mais tout aussi risquée qu’une expédition au pôle Nord, à bien des égards…

Vous parlez beaucoup de votre famille ici. On y entend votre compagne, vos enfants… Pourquoi ce choix ? Je n’ai pas de “chambre à moi”, comme je le chante dans un morceau composé avec Flavien Berger, donc je dessine et j’écris des chansons partout dans la maison. Alors, évidemment, les choses s’agrippent à mon travail, et on y retrouve plein d’éléments de ma vie quotidienne.

Vous vous situez toujours entre l’humour et la mélancolie. Vous semblez cette fois pencher un peu plus vers la seconde… Oui, mais j’ai toujours écrit des chansons assez mélancoliques, même si certaines ont semblé plus festives. Louxor, j’adore, quand on y pense, est un truc complètement désespéré sur un DJ qui abuse de son pouvoir et se fait lyncher par la foule. La banane parle de quelqu’un qui ne veut plus travailler, donc potentiellement dépressif… J’ai toujours lorgné vers ces états d’âme, ils font partie de moi, même si ce n’est pas ce que je montre en premier, par politesse.

Peut-on considérer le morceau Total à l’ouest comme un autoportrait ? Il y a un double sens ici. Je suis né à l’ouest, j’ai toujours vu le soleil se coucher derrière la mer. Quand je suis à l’est, je me sens complètement déboussolé. Je suis très lié, comme chacun de nous je crois, aux éléments. Et puis il y a l’aspect “à côté de la plaque”. La plupart du temps, je ne vis pas sur cette planète. Je suis clairement en décalage, disons…

Philippe Katerine, est-ce vous ou un personnage ? Ce n’est pas mon vrai nom, donc forcément un personnage, pour le coup totalement à l’ouest, bien plus que l’original. Il me permet tout, pas comme dans la vie de tous les jours. Catherine, c’est le prénom que m’auraient donné mes parents si j’avais été une fille. D’ailleurs, quand j’y repense, prendre un pseudo fut vraiment la meilleure idée de ma life.

Vous n’êtes donc jamais tout seul en vous, pour reprendre les paroles de La Chanson d’Edie, que vous interprétez avec votre fille… Oui, ce morceau défend surtout l’idée que tout n’est pas binaire, contrairement à ce que nous vendent les actualités depuis un certain temps. Je ne voudrais pas parler de Trump, même si c’est un bon exemple, mais les discours n’ont plus aucune nuance. On est méchant ou gentil, blanc ou noir… c’est atroce !

De façon générale, où puisez-vous l’inspiration ? On vous imagine très observateur… C’est vrai, je n’aime pas être au centre des choses. Quand il y a un repas, un banquet, je ne suis pas du tout du genre à chanter debout sur la table, au contraire d’artistes très expansifs comme Jacques Higelin par exemple, qui embarquait les gens avec lui jusqu’a cinq heures du matin. Ce n’est pas du tout mon affaire. Je suis plutôt celui qui, éventuellement participe, mais surtout observe, comme vous l’avez bien observé !

À quoi ressemble un concert du Zouzou tour ? C’est assez narratif, et surtout très spectaculaire car cette tournée se déroule dans de grandes salles. Pour la première fois de ma vie, je peux déployer une scénographie conséquente, fidèle à mes rêves, et que j’ai moi-même dessinée. Donner des concerts dans des Zénith, ça a déclenché des choses que je n’aurais jamais imaginées.

Peut-on en savoir plus ? Je ne voudrais pas gâcher la surprise, mais on peut dire que le spectacle sera en évolution permanente. La scène ne sera plus la même à la fin qu’au début, comme un spectacle de théâtre. J’ai fait un peu de danse contemporaine avec la chorégraphe Mathilde Monnier et son travail s’est intégré dans mon cerveau, pour prendre forme lors de cette tournée.

Vous avez aussi une autre actualité à Lille puisque vous présentez une exposition dans le cadre de Fiesta et notamment le “mignonisme” ? Qu’est-ce que c’est ? Une façon de voir du mignon partout, même dans les choses affreuses. Il s’agit de représenter autrement des sujets violents et graves, qui nous enserrent toute la journée, pour susciter, éventuellement, l’envie de sourire. Le disque Zouzou s’inscrit un peu dans cet élan d’ailleurs. Au final, chacun a sa propre lecture du mignonisme mais bon, comme je reste le seul adhérent de ce courant, moi seul peut juger de ce qui est mignoniste ou pas !

Les arts plastiques, c’est un peu votre violon d’Ingres, n’est-ce pas ? Oui, j’adore ça. Je pense chanson aussi bien que peinture, c’est un mélange permanent, vraiment comme cul et chemise. Mais je n’ai pas d’autres ambitions que d’exprimer à peu près clairement ce que j’ai dans la tête, et c’est déjà énorme, car ça bouge tout le temps…

Savez-vous que vous avez un homonyme en Belgique, Philip Catherine, un grand guitariste de jazz ? Oui, je l’ai rencontré il y a quelques mois à Bruxelles, où on a tourné une émission ensemble. J’ai tout de suite aimé cet homme, très tendre et drôle. Je l’ai d’ailleurs félicité pour une musique que j’adore et qu’il a composée pour Robert Wyatt, Maryan. Il l’avait d’abord écrite pour son épouse, Marianne, qu’il m’a présentée. Pour le coup, c’était surréaliste. On s’est très bien entendus, et j’espère qu’un jour on pourra enregistrer ensemble.

Propos recueillis par Julien Damien / Photo : © Philippe Jarrigeon
Concert(s)
Philippe Katerine
Lille, Le Zénith
29.04.2025 à 20h0069>34€

Zouzou tour

Lille, 29.04, Zénith, 20h, 69 > 34€, agauchedelalune.com

Amiens, 14.06, Parc Saint-Pierre (Festival Minuit avant la nuit), 16h, 36 > 12€, minuitavantlanuit.fr

Spa, 20.07, Francofolies de Spa, francofolies.be

Ronquières, 02.08, Ronquières Festival, ronquieresfestival.be

À écouter / Zouzou (Wagram Music – Cinq 7)

Mignonisme

Lille, 30.04 > 14.06, Lasécu mer & jeu : 14h-18h • ven & sam : 14h-19h gratuit, lasecu.org (+ Grand’Place, façade de La Voix du Nord)

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