MILLO
A hauteur d'émotion
De Turin à Shanghai, de Rabat à Los Angeles en passant par Bully-les-Mines, ses géants mélancoliques évoluent dans des villes labyrinthiques dessinées en noir et blanc, traversées de superbes éclats de couleur. Héritier du dessin d’enfance autant que de l’architecture, Millo compose des fresques monumentales où la douceur apparente révèle en creux les fragilités de nos sociétés contemporaines.
Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Comment êtes-vous devenu illustrateur ?
Je m’appelle Francesco Camillo Giorgino, plus connu sous le nom de Millo. Je suis né en 1979 à Mesagne, dans le sud de l’Italie, avant de m’installer à Pescara pour étudier l’architecture. Le dessin a toujours fait partie de ma vie. Depuis l’enfance, c’est ma manière la plus naturelle d’exprimer des émotions et d’observer le monde qui m’entoure.

Comment décririez-vous votre travail en quelques mots à quelqu’un qui ne vous connaît pas ? Qu’est-ce qui définit votre style, et comment a-t-il évolué au fil du temps ?
Je peins généralement des figures humaines gigantesques évoluant dans des villes, en noir et blanc, au milieu des rues, des voitures, des câbles et des immeubles. La ville que je représente est une métaphore de notre vie moderne : chaotique, répétitive, écrasante. Au cœur de cette complexité, mes personnages tentent de retrouver une forme d’innocence et d’humanité. Ce qui caractérise peut-être mon style, c’est le contraste entre une architecture minimaliste en noir et blanc et quelques éclats de couleur utilisés comme des surligneurs pour attirer l’attention sur une idée précise. Au fil du temps, mon travail a évolué tant sur le plan émotionnel qu’esthétique. Au début, j’exprimais davantage de colère. Aujourd’hui, je préfère susciter de l’espoir, de l’empathie et des liens humains positifs. La beauté peut parfois être plus puissante qu’une accusation frontale.

Plus précisément, comment décririez-vous votre processus créatif ? Comment vos œuvres prennent-elles forme ?
Je puise surtout mon inspiration dans le quotidien : une conversation dans la rue, un enfant qui joue, les informations à la radio ou les rêves… Tout peut se fondre dans une fresque murale. En général, tout commence par une intuition plutôt que par un concept très précis. Je dessine, une ville apparaît, puis des personnages et des histoires émergent presque spontanément. Des symboles surgissent aussi au fil du processus : des avions en papier, des plantes, des animaux, des jouets… Des formes fragiles qui deviennent des symboles de liberté ou d’évasion face à la machine urbaine.
Comment identifiez-vous et choisissez-vous les emplacements de vos installations ou de vos peintures murales ? Est-ce le lieu qui inspire l’œuvre, ou est-ce l’inverse ?
Pour moi, un mur n’est jamais une simple surface. Le lieu influence toujours l’œuvre. Je prends le temps d’observer le quartier, l’architecture, les habitants, l’atmosphère et le contexte social. Je m’intéresse particulièrement aux périphéries et aux espaces urbains anonymes, parce qu’ils recèlent souvent des histoires humaines très fortes. Parfois, j’arrive avec une image déjà en tête, que j’adapte ensuite au lieu. C’est donc un véritable dialogue entre le mur et l’idée.

Quel sentiment ou quelle réaction souhaitez-vous susciter dans le public ?
Les grandes villes nous poussent à aller toujours plus vite, à consommer frénétiquement, sans vraiment réfléchir. Mes fresques tentent de briser ce rythme, ne serait-ce que quelques secondes, pour renouer avec des émotions simples : la vulnérabilité, l’affection ou l’imagination. Les villes que je peins sont bondées et chaotiques, mais mes personnages recherchent toujours une forme d’intimité et de contact. Cela dit, je ne veux jamais imposer une seule interprétation. Je préfère que chacun trouve son propre sens à l’œuvre.
Votre travail comporte également une dimension sociale, voire politique, n’est-ce pas ?
Bien sûr. Derrière leur apparente douceur, mes œuvres évoquent toujours des réalités très concrètes : l’isolement, les inégalités, les sans-abri, les migrations, le consumérisme ou encore l’exclusion sociale. Les personnes fragilisées par nos systèmes économiques impitoyables deviennent souvent invisibles dans les grandes villes. En intervenant dans l’espace public, j’essaie de leur redonner une forme de visibilité et de dignité.
















