Home Best of Interview Entretien avec Holy Moly

Haut en couleur

À Bristol, il capte l’énergie brute d’une ville en perpétuel mouvement et la transforme en images éclatantes. Formé au graphisme mais affranchi des cadres, cet illustrateur trace une voie singulière où la couleur devient langage. Entre culture électronique, engagement et liberté formelle, son travail vibre et accroche le regard autant qu’il questionne.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Et revenir sur votre parcours, de vos premières expériences avec la couleur à votre formation artistique ? Comment êtes-vous devenu illustrateur ?
J’ai toujours été attiré par l’art. J’ai suivi des cours préparatoires à l’Oxfordshire School of Art, avant de me spécialiser à l’université de Swansea, au Pays de Galles, où j’ai obtenu un diplôme en communication graphique. À la sortie, j’ai eu du mal à trouver une agence. J’ai donc pris mes distances avec ce que je percevais comme la « voie traditionnelle ». Alors, j’ai commencé à concevoir des visuels pour des événements de musique électronique, puis des pochettes d’albums pour des artistes confirmés. Progressivement, j’ai participé à des projets d’envergure, jusqu’à devenir directeur de la création graphique du Boomtown Festival, au Royaume-Uni. Avec le recul, ces détours ont été décisifs. Ils ont enrichi ma pratique et élargi mon champ d’exploration. Aujourd’hui, je me définirais plutôt comme un artiste et illustrateur. J’ai pris mes distances avec le graphisme au sens strict pour développer un langage visuel personnel, plus libre.

Vous vivez à Bristol, une ville au rayonnement artistique international. Quelle influence exerce-t-elle sur votre travail ?
Bristol a profondément influencé mon travail depuis mon arrivée du Pays de Galles. C’est une ville incroyablement stimulante, portée par un esprit indépendant. Entre activisme, musiques underground et scène d’art urbain foisonnante, elle agit comme un catalyseur. J’essaie d’en capter l’intensité et le mouvement.

Quels sont vos thèmes de prédilection ? Vos œuvres comportent aussi une dimension citoyenne voire politique, n’est-ce pas ?
Je m’intéresse beaucoup aux questions de justice sociale et environnementale. La santé mentale occupe également une place importante dans mon travail. Je souhaite une normalisation du débat.

Quelles réactions souhaitez-vous susciter dans le public ?
De l’optimisme, de l’émerveillement et de la curiosité.

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Vous êtes également engagé dans des projets solidaires. Quelle place ces actions occupent-elles ?
J’ai collaboré avec de nombreuses associations caritatives et causes humanitaires. Je considère cela comme un aspect essentiel de mon travail. Créer peut parfois sembler déconnecté du réel ; c’est pourquoi je m’efforce de mettre mon art au service du bien autant que possible… Participer à des ventes caritatives ou à des projets solidaires donne un sens supplémentaire à ce que je fais, même s’il faut aussi trouver un équilibre économique.

Votre univers fait aussi écho à la culture pop. Quel rôle jouent ces références ?
Je puise surtout dans les sous-cultures auxquelles je suis lié, en particulier les musiques électroniques. Cette scène m’a toujours inspiré. Je mixe moi-même et les festivals occupent une place importante dans ma vie. Je suis également un passionné de padel et d’escalade. Ces sports surgissent souvent dans mon travail. Au-delà des références, c’est le mouvement et l’énergie de ces pratiques qui irriguent mes images.

Votre œuvre est marquée par des couleurs franches et vibrantes. Quel rapport entretenez-vous avec la couleur ?
Je suis obsédée par la couleur. J’adore les grandes surfaces, les aplats francs, saturés. Je pense que les confinements au Royaume-Uni ont décuplé mon amour pour la couleur. Depuis, ma palette s’est considérablement élargie, jusqu’à embrasser presque tout le spectre.

Plus précisément, comment décririez-vous votre processus créatif ? Comment vos images prennent-elles forme et quels outils utilisez-vous ?
Je travaille principalement avec les outils Adobe, notamment Illustrator et Photoshop, ainsi que Project Neo, sur MacBook Pro avec double écran. Je commence par des esquisses rapides, puis je développe mes idées sur tablette graphique Wacom Cintiq.

Holy Moly 'Love Is Love' - 500x500mm NO BORDER

Pouvez-vous évoquer une œuvre en particulier ?
Love Is Love reste l’œuvre dont je suis le plus fier et sans doute celle qui m’est le plus souvent demandée. C’est aussi celle qui est née le plus par hasard et qui s’est en quelque sorte conçue toute seule. Sa méthode de création a ensuite profondément influencé mon travail typographique.

Et les fresques murales que vous réalisez ? En avez-vous fait beaucoup ? Où peut-on les voir ?
J’ai réalisé quelques fresques murales permanentes un peu partout, notamment celle rendant hommage au NHS (hôpital publique), qui orne un mur à Walthamstow (Londres), ainsi que celle située à l’entrée du célèbre Dalston Market, sur Ridley Road (Londres). Je collabore le plus souvent avec le collectif Wood Street Walls, dont le savoir-faire permet de transposer mon univers à grande échelle avec une grande fidélité.

Quels sont vos projets ? Avez-vous une exposition ou un projet d’édition en préparation ?
J’ai récemment participé à l’exposition collective « Happy Place » à la galerie BSMT, à Dalston. Je suis également présent dans « Make Earth Day Everyday », une exposition numérique organisée par The Good Society, visible aux Pays-Bas et sur des écrans à Times Square, entre avril et mai 2026.

Propos recueillis par Nicolas Pattou / Illustrations @holymolyuk

A suivre / holymolyuk.co.uk ; Instagram @holymolyuk
A lire /  l’article portfolio ici

À voir / Exposition digitale collective Make Earth Day Everyday, organisé par Le  Good Society, Mai 2026 aux Pays-Bas et à Times Square (New York, États-Unis)

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