Home Exposition Marisa Merz

Âme sensible

Marisa Merz, Madonna di Marte, Technique mixte sur papier de riz ; 48,5 x 34 cm. Coll. privée. Courtesy Bernier Eliades Gallery, Athènes.
© Adagp, Paris, 2024. Photo : Boris Kirpotin

Figure majeure de la scène artistique italienne, Marisa Merz (1926-2019) demeura longtemps dans l’ombre de son célèbre époux, Mario Merz, chef de file de l’Arte Povera. Aujourd’hui encore, son œuvre reste inexplorée. À Villeneuve d’Ascq, le LaM lui consacre justement une rétrospective, la première en France depuis trente ans

Elle fut souvent présentée comme la seule femme du groupe Arte Povera, ce mouvement réputé pour son utilisation de matériaux humbles, proches du quotidien. Des éléments simples, comme le cuivre, la terre crue, le carton ou la cire, que Marisa Merz employait volontiers pour nourrir une œuvre sensible et complexe. En réalité, celle-ci échappe à toute classification. « Elle est insaisissable », pour citer Sébastien Delot, l’un des commissaires de cette exposition, la première réalisée sans le concours de l’artiste, qui s’est éteinte en 2019. Pas une mince affaire. D’autant plus que ses créations « ne sont pas datées ni titrées et souvent recomposées, souligne Andrea Viliani, directeur du Museo delle Civiltà, à Rome. Pour construire ce parcours et accorder les pièces de cet hétéroclite corpus, « il a donc fallu écouter l’espace ». “Ecouter” ? « Oui, c’est un peu comme si on avait affaire à des notes, qui composent une musique, l’harmonie se révèle dans les silences, les répétitions », ajoute Sébastien Delot, en commentant par exemple cet ensemble de carrés tricotés en cuivre et fixés au mur selon un protocole très précis. « Par effet de superposition, certains apparaissent plus foncés, créant un rythme, à la manière d’une partition, avec les noires, les blanches… ».

Marisa Merz, Sans titre, s. d. Technique mixte sur papier, fil de cuivre ; 150 x 209 cm. Collection Merz. Courtesy Fondazione Merz - Gladstone Gallery, New York - Thomas Dane Gallery, Londres © Adagp, Paris, 2024. Photo : M3Studio

Marisa Merz, Sans titre, s. d. Technique mixte sur papier, fil de cuivre ; 150 x 209 cm. Collection Merz. Courtesy Fondazione Merz – Gladstone Gallery, New York  Thomas Dane Gallery, Londres © Adagp, Paris, 2024. Photo : M3Studio

La fragilité

À côté, ses dessins à la mine de graphite, plus figuratifs, saisissent des visages comme des paysages mystérieux, tandis que ses toiles revisitent la grande peinture religieuse, avec ses madones, ses anges et ses femmes en prière, dont les mains en papier sortent littéralement de la feuille, prêtes à s’envoler. « On entre ici dans un monde fragile et poétique »… mais pas non plus dénué d’humour et de fantaisie. En témoigne ce lion façonné en terre crue, avec sa queue en fil de cuivre. Cette sculpture fut réalisée après que Marisa Merz reçut le Lion d’or de la Biennale de Venise, en 2013. Son fauve à elle apparaît bien moins flamboyant, et même pataud, comme s’il attendait d’être modelé. « C’est une façon de ne pas se prendre au sérieux, de se moquer d’elle-même comme du monde de l’art ». N’est-ce pas le symbole d’une absolue liberté ?

 

Julien Damien / Photo : Marisa Merz, Madonna di Marte, Technique mixte sur papier de riz ; 48,5 x 34 cm. Coll. privée. Courtesy Bernier Eliades Gallery, Athènes. © Adagp, Paris, 2024. Photo : Boris Kirpotin
Informations
Villeneuve d'Ascq, LaM

Site internet : http://www.musee-lam.fr/

Collections permanentes accessibles du mardi au dimanche de 10 h à 18 h.
Exposition temporaire et collections permanentes : 10 / 7 €
Collections permanentes : 7 / 5 €

03.05.2024>22.09.2024mar > dim : 10h-18h, 11/8€ (gratuit -18 ans)
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