Enchanté, la fabrique des histoires
Mondes et merveilles
MUSVERREDans le bocage avesnois, le MusVerre souffle ses dix bougies en grand. Pour cet anniversaire, sa directrice Laetitia Messager et Laura Bouvard, responsable des collections, ont choisi de célébrer ce qui fait l’âme du lieu : le pouvoir d’émerveillement du verre. Enchanté, la fabrique des histoires convoque contes, mythes et légendes pour nous faire passer de l’autre côté du miroir. Une vingtaine d’œuvres, une scénographie pensée comme un voyage et non comme une simple visite.
On entre dans la pénombre. Le plafond s’ouvre sur un ciel étoilé, les murs tombent. Le parcours ne propose pas de regarder des objets, mais de traverser des mondes, des paysages imaginaires qu’on habite, de salle en salle, comme un rêve. C’est d’une œuvre des collections que tout est parti : Alice in Wonderland de la Tchèque Dana Zámecníková. Sur des plaques de verre peintes, un poisson fend une silhouette féminine, séparant l’enfance de l’âge adulte d’un simple trait de lumière… Le premier chapitre s’ouvre sur la Carapace céleste d’Anaïs Pégourié, tortue cosmique en verre thermoformé portant le monde sur son dos, tel un Atlas revisité. Tout près, Antoine Brodin suspend ses oreillers de verre inspirés des Notes de chevet de Sei Shonagon, la poésie du sommeil figée dans la matière la plus fragile qui soit. Le verre ici ne décore pas, il raconte, et cette promesse tient jusqu’au bout. La deuxième partie gravite autour de Lewis Carroll, et elle est sacrément peuplée. Le Lapin au pays des merveilles de Rebecca Stevenson côtoie la Montre molle de Dalí — clin d’œil à celle du lapin blanc autant qu’à la plasticité du verre. Derya Geylani y ajoute une théière et une tasse en porcelaine et verre étiré à la flamme, si légères qu’elles semblent encore en mouvement. Le goûter du chapelier fou n’a jamais eu meilleur décor.
Attention fragile !
La séquence intitulée L’inquiétante étrangeté convoque Freud et ses troublantes familiarités. Réminiscence d’Aurélie Adam fait surgir un carrousel d’enfance sous forme de zootrope animé en lumière stroboscopique, tandis que le miroir Ghost d’Olivier Sidet reflète notre environnement mais jamais nous-même — puissant, inquiétant juste ce qu’il faut. Le parcours s’achève dans une forêt imaginaire où Julie Legrand a déposé son Nid de licornes, cocon hérissé d’épines tout en spirales, à la fois refuge et menace. Autour, des animaux fantastiques habitent cet ultime espace que Simone Fezer et Anaïs Pégourié regardent avec un œil plus sombre, celui de la fragilité du vivant. On repart avec l’idée qu’il est urgent de protéger ce qui nous entoure. « Ce ne sont pas les merveilles qui manquent à notre monde, mais notre regard qui manque au merveilleux ». La phrase d’Édouard Cortès, reprise par les commissaires en exergue, dit exactement ce que fait cette exposition. Elle ne crée pas l’émerveillement, elle le retrouve.
















