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Au Borinage de Van Gogh

Terril de Marcasse © Karin Borghouts

Révélée avec la série Vincent Was Here, fascinante exploration photographique des lieux où vécut Van Gogh, Karin Borghouts s’intéresse cette fois au Borinage. Dans cette région wallonne qui vit naître la vocation artistique du peintre néerlandais, la Flamande a cette fois saisi des scènes et des paysages comme autant de peintures, en tout cas loin des clichés parfois accolés à l’ancien bassin minier. Ses images sont à découvrir lors d’une double exposition à Petit-Wasmes et Cuesmes, dans les maisons où séjourna le maître de la couleur.

Pouvez-vous nous dire un mot sur votre parcours ? La photographie est une vocation tardive. Je la cultive depuis environ 25 ans et j’ai pu en faire ma profession. J’ai sculpté, étudié la peinture, qui influence beaucoup mon regard, et longtemps été graphiste indépendante. J’ai intégré toutes ces disciplines dans ma pratique.

Qu’est-ce-qui caractérise votre travail ? J’aime saisir des espaces, des bâtiments et des intérieurs, qui ressemblent souvent à des décors dépourvus de présence humaine. Je travaille sur mes propres projets artistiques et réalise des commandes pour des musées, des gouvernements et des architectes. Jusqu’à présent, je ne photographiais pas de personnes, mais cela a changé…

Comment le projet Au Borinage est-il né ? Dans le cadre d’une précédente série intitulée Vincent Was Here, j’ai visité tous les lieux où Vincent Van Gogh a vécu et travaillé. C’est ainsi que j’ai découvert cette région. Vincent était pasteur dans le Borinage et c’est ici qu’il a décidé de devenir artiste.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans le Borinage, d’un point de vue historique mais aussi esthétique ? La première chose qui attire l’attention, ce sont les terrils. Ils sont aujourd’hui recouverts d’une végétation luxuriante mais témoignent toujours d’un riche passé houiller. De nombreuses maisons de mineurs se dressent encore dans les rues à flanc de colline. C’est si typiquement belge. Le temps semble s’être arrêté ici, même si cela est en train de changer.

Gardien, Domaine du Levant © Karin Borghouts

Quels endroits ou sujets avez-vous choisis ? J’ai commencé par des paysages photogéniques, comme des rues, des terrils et des ruines minières. Mais je devais aussi m’intéresser aux gens d’ici, sinon je serais restée trop à l’écart. J’ai donc saisi les Borains dans des lieux auxquels ils se sentaient liés. Cela va du vicaire (la profession du père de Van Gogh) au propriétaire de café, en passant par des artistes, des fils de mineurs… Chacun représente une passion de Van Gogh : la religion, l’engagement social ou l’art.

Quels furent vos partis-pris artistiques ? J’ai photographié les habitants en pied et utilisé un projecteur LED. Cela m’a permis d’obtenir une lumière théâtrale, transformant l’environnement en décor. Mon intention était de créer une sorte de “tableau”. Quelque chose de mis en scène, comme une peinture. Je voulais aussi trouver un moyen d’exprimer ma fascination et ma passion pour cette région oubliée, la découvrir et la faire connaître.

Parmi toutes ces images, pourriez-vous en commenter une ? Il y a par exemple celle de l’ancienne gare de Pâturages. C’est là que Van Gogh est descendu en 1878 pour travailler comme prédicateur dans le Borinage. Cependant, j’aime aussi laisser de la place à l’imagination du spectateur dans mes images.

Ancienne Gare Pâturages (c) Karin Borghouts

Ancienne Gare Pâturages (c) Karin Borghouts

 

Qu’est-ce qui vous fascine tant chez Vincent Van Gogh ? Ma mère est fan de lui et j’ai grandi avec des reproductions de ses œuvres chez moi. Il m’a également servi de modèle lorsque j’ai commencé à peindre à l’âge de 16 ans. Lorsque la maison de mon enfance a été ravagée par les flammes, j’ai réalisé un projet photographique sur elle, intitulé The House. Cette série comprenait une photo d’une reproduction du Faucheur de Van Gogh, qui était tombée du mur noirci. C’est ce qui a déclenché le projet Vincent Was Here. On ne peut pas résumer cet artiste à l’épisode de l’oreille coupée ou même à sa Nuit étoilée. Ses lettres sont par exemple de la plus haute qualité littéraire. Ses peintures et sa vie m’inspirent sans cesse.

Pouvez-vous nous parler de cette exposition ? Elle est répartie entre les deux maisons où Van Gogh a séjourné. À Petit-Wasmes, elle présente principalement des photographies de Borains et une vidéo réalisée en collaboration avec l’artiste belge Dieter Demey, notamment avec un drone. À Cuesmes, le parcours se déploie à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. Ici, les portraits sont complétés par quelques photos de ruines et de natures mortes. Enfin, une œuvre sera également exposée sur le site de Marcasse, la mine dans laquelle Van Gogh est descendu.

Propos recueillis par Julien Damien / Photo : Terril de Marcasse © Karin Borghouts

Au Borinage

Borinage, 22.06 > 13.10, Maison Van Gogh de Cuesmes (mar > dim : 10h-16h) & Maison Van Gogh de Petit-Wasmes (visite uniquement sur réservation au 00 32 (0)492 76 03 03, mar > dim : 10h-16h), 4€ > gratuit, visitmons.be

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