Home Best of Interview Jonathan Petit

Fripes sauce maillot

Tandis que les Bleus et les Diables rouges se préparent pour l’Euro, on a fouillé dans le vestiaire de Jonathan Petit pour trouver la tenue parfaite durant la compétition. Formateur dans une banque à la ville, notre homme est aussi un grand collectionneur de maillots de foot vintage, et tient même une boutique à Amiens. Si vous souhaitez vous la jouer karatéka comme Cantona à Manchester en 1995 ou double buteur façon Zidane en 1998 face au Brésil, vous y trouverez votre bonheur. En attendant, on a causé fringues – sans contrefaçon.

D’où vous vient cet intérêt pour les maillots vintage ? J’ai toujours été un passionné de foot et de brocantes. J’ai commencé à vendre des maillots en 2002. Je travaillais alors dans l’automobile, en tant qu’alternant. Le salaire n’étant pas mirobolant, j’essayais d’arrondir les fins de mois. Tout ce que je ne gardais pas je le proposais à l’achat. Il faut se remettre dans le contexte. À l’époque, Le Bon coin venait de se lancer, Vinted, Instagram ou Facebook n’existaient pas. Si on voulait démarrer une collection, c’était plus compliqué.

Vous avez depuis ouvert votre boutique à Amiens, n’est-ce pas ? Oui, pendant longtemps j’ai vendu sur eBay, puis j’ai créé un site et ouvert le magasin, car tout ça commençait à prendre beaucoup de place, j’avais plus de 10 000 maillots chez moi ! Depuis quatre ou cinq ans je participe aussi à des événements, avec le magazine So Foot par exemple, et puis j’organise des boutiques éphémères partout en France, notamment à Lille en juin.

Combien de maillots possédez-vous ? J’en ai environ 3 000 en magasin, c’est un stock tournant, sans cesse renouvelé. Dans ma collection personnelle, j’en compte près de 600, quasiment tous portés par des joueurs. Il y en a beaucoup de l’équipe d’Amiens, le club de ma ville, dont celui de la finale de la coupe de France, perdue en 2001 aux tirs aux buts face à Strasbourg, alors qu’on évoluait encore en National 1. Ensuite, c’est plus au coup de cœur. Au final, j’ai vu passer près de 70 000 maillots.

Quelles seraient vos pépites ? J’ai par exemple le maillot de Jorge Campos, gardien du Mexique durant la coupe du Monde 1994, et puis j’aime les anciennes tenues de l’équipe de France. J’ai un exemplaire signé par Zidane avec le Variétés club de France, d’autres plus récents de Benzema, Griezmann ou encore de Djibril Cissé et Peter Luccin lorsqu’ils évoluaient en Espoirs.

Où les dénichez-vous ? Au début, c’était beaucoup de bouche-à-oreille. Il y a toujours les brocantes, mais aujourd’hui je travaille avec les grossistes de fripiers, les clubs pros et amateurs aussi, avec lesquels il faut entretenir des contacts. Je cible aussi les sites spécialisés mais il faut être très rapide, car désormais il y a beaucoup de concurrence. Quand j’ai commencé on était peut-être cinq gros vendeurs en France, maintenant il y en a cinq nouveaux tous les jours ! Même Adidas a créé sa propre boutique éphémère durant la Fashion Week pour vendre des maillots vintage, car il y a une grande demande.

Il y a aussi un côté historique, non ? La coupe du monde française en 1998 a par exemple marqué les esprits… C’est vrai, par contre celle de 2002 ne fut pas franchement une réussite, donc le maillot ne se vend pas… sauf celui de Zidane. Les noms sont aussi importants que l’histoire. La tenue blanche qu’il portait durant la finale du mondial 2006, soit son dernier match, avec le fameux coup de boule, est un hit. Cantona est aussi très recherché, notamment le maillot de Manchester avec le flocage jaune, celui de 1995, quand il fait du kung-fu avec un supporter de Crystal Palace.

Et du côté belge ? On a beaucoup de demandes pour des équipes du début des années 2000 floqués Eden Hazard, comme à Lille d’ailleurs, où il a laissé de bons souvenirs. Et puis il y a les clubs mythiques comme Anderlecht, Bruges ou Standard de Liège.

Observez-vous une évolution dans les achats ? C’est très cyclique. Il y a 10 ans je ne vendais aucun maillot du PSG, que du Marseille ! Depuis l’ère qatarie, tout le monde veut du Paris… Mais il y a des modèles qui restent mythiques, peu importe l’actualité.

Pourquoi ? Parce qu’ils sont historiques, comme ceux du premier titre de champion du Paris Saint-Germain, dans les années 1980, et l’arrivée de Daniel Hechter. Ils sont difficiles à obtenir, car les gens les gardent. Ils sont très beaux, en coton épais avec les flocages en feutrine, souvent à manches longues avec la fameuse bande Hechter, qui a d’ailleurs été reprise cette année.. Généralement, les collectionneurs cherchent des maillots qu’ils ne verront pas sur tout le monde. Depuis quelques temps, je m’oriente vers des pièces sortant de l’ordinaire.

Par exemple ? Je travaille avec l’équipementier Macron… qui a d’ailleurs changé un peu son logo pour ne pas trop évoquer le président français, qui rebute certains acheteurs ! Cette marque soutient beaucoup d’équipes mineures, avec un design incroyable, comme les maillots de la ligue canadienne, très colorés. Citons le modèle rose du club de Vancouver, avec des motifs inspirés des fleurs de cerisier du Japon, magnifique. Macron fournit aussi des équipes nationales peu cotées comme le Groenland, dont le maillot est très recherché. Quand Orelsan en a parlé dans une chanson (ndlr : Casseurs Flowters Infinity) tout le monde se l’est arraché, c’est improbable ! Dans le même genre, celui de l’équipe du Stevenage FC, en troisième division anglaise, est aussi très couru… parce qu’il affiche Burger King en sponsor !

Comment jugez-vous les maillots de cet Euro ? Comme en 2018, celui de l’équipe de France n’est pas fou, avec ce gros coq. Celui de l’Allemagne est vraiment pas mal, avec ses coloris et le lettrage vintage des numéros. Il y a aussi celui de l’Italie, avec le drapeau en liseré, et puis celui de la Belgique avec toutes les formes géométriques qui reprennent le blason, et ce rouge très poussé, bordeaux…

Avec un maillot extérieur qui fait polémique aussi, en reprenant la tenue de Tintin… Oui, mais il peut devenir collector à terme. Les maillots un peu décriés sont, avec le temps, généralement adorés. Mais oui, c’est étrange d’afficher cette couleur bleue… comme le maillot de l’équipe de France !

Votre pronostic pour cet Euro ? La France, forcément ! Au-delà du chauvinisme, notre équipe compte de très bons joueurs. Une finale France-Belgique serait parfaite !

 

Joli doublé

Jorge Campos, 1994

« Jorge Campos, gardien de l’équipe du Mexique, a dessiné lui-même son maillot pour la coupe du monde 1994, aux USA. C’est assez unique dans l’histoire du football. Il voulait déstabiliser les attaquants avec des couleurs flashy et un tas de formes géométriques. Le vêtement est en toile enduite, donc très lourd, pesant près de 800 grammes contre 150 pour un modèle normal. Vous ne pouvez pas le porter dans la rue… et encore moins jouer un match de foot avec ! Il devait en changer à chaque mi-temps. Je l’ai récupéré via une association pour les orphelins qu’il parrainait.»


Les Bleus, 1998

« Forcément, le maillot de l’équipe de France 1998, pour l’histoire. C’est le premier titre mondial des Bleus, le doublé de Zidane en finale… Il a un petit côté rétro qui lui va bien, car c’est la réédition du maillot de 1984, lorsque la France a remporté son premier Euro à la maison. La coupe très large, les élastiques aux manches et le petit col façon polo qui se remonte lui donnent tout son charme. Sinon, j’adore aussi celui de la coupe du monde 1982, en Espagne, dont les petites bandes ont été reprises pour la version blanche actuelle, avec le gros coq brodé. Peut-être un signe… ».

Propos recueillis par Julien Damien // Photos © courtesy Jonathan Petit / DR

Football Shirt Vintage

Amiens – 3 rue de Croy mer : 14h-18h • sam : 10h-12h30 & 13h30-18h, tshirt-football-vintage.com // @football.shirt.vintage

Boutique éphémère à Lille

15 > 22.06, Les Djadjas, 55 rue de la Barre, lesdjadjas.fr

Articles similaires