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Entre deux mondes

Sitting and Hiding (c) David Szauder

C’est un artiste bien dans son temps. Né en 1976 en Hongrie, David Szauder use avec maestria des nouvelles technologies pour revisiter l’histoire de l’art et distordre la réalité dans tous les sens. Extrêmement réalistes, dans les textures comme les effets de lumière, ses œuvres témoignent d’une créativité sans borne. Nimbées de mystère et d’une inquiétante étrangeté, souvent drôles, ses images éclairent aussi avec beaucoup de justesse les enjeux et remous (bien réels) de notre triste monde. Rencontre.

Tout d’abord, pourriez-vous nous parler de votre parcours ? Comment êtes-vous devenu artiste ? Quand j’étais enfant, je m’intéressais à l’histoire de l’art mais aussi à l’informatique. Je n’arrivais pas à me décider, alors j’ai commencé par l’histoire de l’art, puis je me suis tourné vers la programmation et enfin j’ai découvert à l’Académie des beaux-arts de Budapest, au département Intermedia, les médias numériques, donc un moyen de conjuguer ces deux passions. J’aime visiter les musées, admirer les œuvres contemporaines comme les peintures classiques, mais je ne pourrais pas vivre sans technologie. Au cours des 15 dernières années, j’ai expérimenté différents médias, en commençant par la modélisation 3D, puis la programmation, créant des applications pour réaliser mes compositions. Ensuite je me suis tourné vers la robotique, la réalité virtuelle et, en ce moment, j’expérimente l’intelligence artificielle. Au final, je n’ai pas encore décidé ce que je voulais faire, historien de l’art ou programmeur, alors je reste entre les deux.

(c) David Szauder

(c) David Szauder

Comment procédez-vous pour créer vos œuvres ? Cela commence toujours par un concept. Il peut s’agir d’une émotion, d’une impression ou d’un sujet sociétal. Je collecte des images et prend des photos avec mon téléphone. J’utilise aussi différentes archives, tout ce qui se trouve sur le web, puis j’utilise l’intelligence artificielle pour fusionner l’ensemble. Je ne lui dit pas ce qu’elle doit créer. Il s’agit plutôt de saisir des images ou des couleurs pour élaborer une sorte de “colle” harmonisant la composition.

Vous utilisez donc vos propres photographies ? Oui, aussi, mais il ne s’agit pas seulement de photographies, cela peut être des reflets dans la rue, dans l’eau, des effets de lumière ou de textures que je capture. Récemment, j’ai publié des œuvres en souvenir de mes grands-parents, qui aimaient beaucoup la forêt. J’ai créé ces êtres mi-hommes mi-arbres et, pour cela, j’ai utilisé mes propres clichés de textures d’écorces, pris à Berlin et à Budapest. L’aspect global semble ainsi beaucoup plus naturel.

Les couleurs sont également très importantes dans votre travail. Comment parvenez-vous à obtenir ces teintes si particulières ? J’aime les couleurs et collectionne toujours des images avec des palettes différentes. Je les classe par catégories sur mon ordinateur. Auparavant, je rencontrais beaucoup de difficultés avec ce sujet et me limitais donc au noir et blanc. Mais avec l’IA, j’ai découvert que je pouvais être beaucoup plus franc et utiliser les couleurs de manière plus intense, ce qui donne une grande puissance à mes œuvres.

Ugly Sweater Party (love is all around) (c) David Szauder

Ugly Sweater Party (love is all around) (c) David Szauder

Vous travaillez donc avec l’intelligence artificielle. Pourquoi ce choix et que vous apporte-t-elle ? En tant qu’artiste numérique, j’ai toujours expérimenté les nouvelles technologies. Je suis constamment à la recherche de solutions dans ma pratique artistique. Mais j’essaie toujours d’être honnête, de dire ou d’illustrer ce qu’il y a en moi, bien sûr avec sarcasme. Peut-être que cela aide les gens à me comprendre, mais aussi le monde dans lequel nous vivons. En ce moment, je m’intéresse davantage aux questions sociales, à l’environnement. C’est important pour moi de publier mes créations sur les réseaux sociaux, proposant en quelque sorte des solutions visuelles à ces problèmes.

Oui, il y a beaucoup d’humour dans vos images, et vous en profitez parfois pour glisser quelques messages politiques, comme cette œuvre montrant Donald Trump portant un pull à l’effigie de Poutine… Pouvez-vous nous en parler ? Je pense que nous vivons une époque vraiment difficile, avec beaucoup de problèmes politiques. C’est très angoissant. Il y a la guerre en Ukraine, la situation à Gaza ou en Corée du Nord, où un dictateur possède peut-être des ogives nucléaires pouvant exploser à tout moment… J’illustre donc cette peur à travers mes créations, sans pour autant user de violence. Récemment, j’ai par exemple représenté Donald Trump, Vladimir Poutine et Kim Jong-un vêtus de costumes de Mario Bros, parce que ces gens sont comme des joueurs : ils savent quand sauter, se cacher ou comment esquiver tous les problèmes pour réussir dans ce monde.

Parmi les images de notre sélection, pouvez-vous en commenter une ? Peut-être votre préférée ? Il est difficile de commenter ces images car, à vrai dire, je les aime toutes. Elles ont chacune une histoire particulière. Il y a par exemple celle représentant un type faisant un câlin à une montagne de spaghettis : c’est l’un de mes plats préférés !

Hug your Favourite Food (c) David Szauder

Hug your Favourite Food (c) David Szauder

À visiter / davidarielszauder.com // Sur Instagram :  @davidszauder

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