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La photographie au premier plan

Ohne Titel , Anselm Kiefer. Photo: Georges Poncet

Considéré comme l’un des plus grands artistes de notre époque, Anselm Kiefer est connu pour ses peintures, installations et sculptures souvent monumentales. Son oeuvre est traversée par une fascination pour le mythe et l’Histoire, en particulier le souvenir de la Seconde Guerre mondiale. Par ailleurs, le plasticien allemand a toujours placé la photographie au coeur de son travail. C’est justement sur cette pratique jusqu’ici méconnue que focalise le LaM de Villeneuve d’Ascq, lors d’une incursion inédite dans la chambre noire d’un alchimiste de la mémoire.

Il a littéralement vu le jour sous les bombes. Né le 8 mars 1945 dans le sous-sol d’un hôpital allemand, tandis que la maison de ses parents était pilonnée par les alliés, Anselm Kiefer a fait de la Seconde Guerre mondiale la matière première de son oeuvre. Ses sculptures et tableaux, généralement imposants, questionnent la transmission de l’Histoire, la lutte entre le bien et le mal, la Shoah… Installé en France, l’artiste est depuis exposé dans le monde entier, et a même fait l’objet d’un documentaire en 3D de Wim Wenders : Anselm. Le bruit du temps, sorti en octobre. Pourtant, jamais l’importance de la photographie dans sa pratique n’avait été étudiée. Étonnant, car ce médium est au coeur de son processus créatif. « Je ne réalise rien sans photos », confirme l’intéressé, qui s’est d’ailleurs révélé par ce biais…

La libération par le salut

En 1969, Anselm Kiefer est encore étudiant à l’Académie des beaux-arts de Karlsruhe lorsqu’il provoque le scandale. Pour cause, il se photographie en France, en Italie et en Suisse en effectuant le salut hitlérien, habillé de l’uniforme d’officier de la Wehrmacht de son père. Baptisée Occupations, cette série lui valut d’abord l’étiquette de “provocateur”. Lui se voit plutôt comme un « révélateur », s’interrogeant sur le rôle qu’il aurait tenu s’il avait grandi durant le Troisième Reich – il est littéralement “occupé” par cette pensée. « Vous savez, en 1930, tous les Allemands étaient pour Hitler », rappelle-t-il. À travers ces clichés, « il montre aussi à l’Allemagne ce qu’elle se cache à elle-même », ajoute Jean de Loisy, le commissaire de cet accrochage, qui débobine la pellicule pour percer les secrets de fabrication du plasticien. Car la photographie est bien au commencement de son œuvre. « C’est un aspect fondamental, elle nourrit toute l’exposition mais n’est pas l’unique sujet, précise Grégoire Prangé, le co-commissaire. Anselm Kiefer est avant tout peintre et sculpteur ». Le parcours fait d’ailleurs la part belle à nombre de ses toiles, dont certaines iconiques, comme ce gigantesque tableau consacré à Lilith, figure récurrente de sa production.

Der gestirnte Himmel über uns und das moralische Gesetz in uns (Le Ciel étoilé au-dessus de nous et la loi morale en nous), 1969-2009) © Anselm Kiefer. Photo : Atelier Anselm Kiefer

Der gestirnte Himmel über uns und das moralische Gesetz in uns (Le Ciel étoilé au-dessus de nous et la loi morale en nous), 1969-2009 © Anselm Kiefer. Photo : Atelier Anselm Kiefer

Profondeur de champ

Utilisée à chaque étape de son travail, la photographie (cet « auxiliaire essentiel ») s’affirme aussi comme une oeuvre en tant que telle. En témoignent ces Paysages stériles, soit des images de champs défigurés, rendus infertiles par la guerre. Présentées dans des cadres en acier, celles-ci sont surmontées d’instruments obstétriques… Au centre de l’exposition trône également une grande installation exhibant un vélo noyé sous un déluge de pellicules de plomb. « Il faut y voir un autoportrait de l’artiste, suggère Jean de Loisy. Elle figure une pluie de photographies sous laquelle Kiefer a l’impression de créer ». Lequel n’a pas fini de nous bousculer avec une oeuvre chargée de symboles et souvent incandescente.

Julien Damien / Photo : Ohne Titel , Anselm Kiefer. Photo: Georges Poncet
Informations
Villeneuve d'Ascq, LaM

Site internet : http://www.musee-lam.fr/

Collections permanentes accessibles du mardi au dimanche de 10 h à 18 h.
Exposition temporaire et collections permanentes : 10 / 7 €
Collections permanentes : 7 / 5 €

06.10.2023>03.03.2024mar > dim : 10h-18h, 11/8€ (grat. -18 ans)
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