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Plus belle la mine

© Frédéric Iovino

Les corons comme vous ne les avez jamais vus, ou si peu. À Bruay-la-Buissière, la Cité des électriciens expose 29 images du photoreportage réalisé en 1966 par l’Anglais John Bulmer, dans le bassin minier du Pas-de-Calais. La particularité de ces tirages ? Pour la plupart inédits, ils sont en couleur, offrant un autre regard, plus humain, sur l’histoire de la région.

Son nom ne vous dit peut-être rien, mais vous avez sans doute vu au moins un de ses clichés : celui de cet enfant roux penché sur un vélo déglingué, au centre d’une rue boueuse dans un coron du nord de la France. Sa chevelure brille comme une flamme au centre de ce décor grisâtre. Signée de l’Anglais John Bulmer, l’image avait fait le tour du web, grâce à un certain Guillaume Lecointre. En 2019, ce passionné de photographie avait initié une enquête via les réseaux sociaux pour retrouver le lieu de cette prise de vue, mais aussi la trace du petit garçon. Et avait réussi. Celui-ci avait été immortalisé à Courcelles-les-Lens, et se nommait Jean-Michel Longeois. L’homme s’est finalement éteint en juillet 2022, à 62 ans. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car derrière ce tirage se cache tout un photo- reportage…

Chaleur humaine

En 1966, John Bulmer travaille pour le Sunday Times Magazine. Connu pour son travail dans les cités industrielles du nord de l’Angleterre, cet admirateur de Cartier-Bresson est envoyé par son éditeur en France pour témoigner du quotidien des “Froggies”. Il passe notamment par le bassin minier, autour de Lens. Et a un style bien à lui. « Il saisit des instants à la volée, explique Guillaume Lecointre. Les corons ou les usines ne l’intéressent pas tant que ça. Il focalise plutôt sur les gens, montre l’étincelle dans les regards, le courage des hommes, la fierté des femmes, la chaleur dans les foyers ». En somme, il dépeint la vie telle qu’elle est, sans enjoliver sa dureté mais à rebours du misérabilisme souvent réservé au sujet.

© Frederic Iovino

© Frederic Iovino

Des sourires et des hommes

Pour cela, l’Anglais est porté par l’avènement d’un nouveau procédé : la couleur. Et ça change tout ! Il y a du vert, du rose, du bleu dans ces compositions jouant avec les lignes de fuites et les effets de perspective. On découvre des sourires aussi. Malgré la rudesse du travail, la poussière, les habitants semblent heureux « et toujours coquets ». C’est ici un jeune couple posant tendrement sur le pas de sa porte, ou là ce vieillard au béret et à l’air farceur, tandis que des majorettes surgissent au coin de la rue. Exposées à l’intérieur d’anciens logements, mais aussi sur les murs flamboyants de la Cité des électriciens, ces images tordent le cou aux clichés, et rendent un peu plus sa fierté au bassin minier.

Julien Damien / Photo : © Frédéric Iovino
Informations
Bruay-La-Buissière, Cité des Electriciens
18.05.2023>03.12.2023mer > dim : 13h-18h, 6/4€ (gratuit -26 ans et photos en extérieur)
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