Home Exposition Gaël Turine. Mémoire de rivières

À contre-courant

La bretelle désaffectée de l’autoroute A601 était l’un des trois sites de stockage des 150 000 tonnes de déchets récoltés dans les communes touchées par les
inondations de juillet 2021. Sur plusieurs kilomètres, des déchets en tous genres doivent être évacués et traités.
Date de prise de vue :
août 2021
© Gaël Turine

C’était il y a tout juste deux ans. Le 14 juillet 2021, le sud de la Belgique était frappé par des inondations d’une ampleur inédite. À Charleroi, le photographe Gaël Turine rend compte des conséquences de la catastrophe et du lent processus de reconstruction dans les zones sinistrées. Un travail mémoriel comme un appel à une prise de conscience face au dérèglement climatique.

Trente-neuf morts, près de 50 000 maisons détruites, 155 000 tonnes de déchets collectés… Les chiffres donnent le vertige. Les images sont tout aussi surréalistes. Gaël Turine était dans le sud de la France quand la Belgique sombrait sous les eaux. « J’assistais sidéré aux retransmissions du désastre, en direct, raconte-t-il. J’ai d’abord voulu rentrer pour couvrir l’événement, parce que c’est mon pays ». Mais à l’immédiateté de l’information, le photographe belge a finalement préféré le temps long du documentaire, de l’approche mémorielle. « Car ce que nous avons vécu est historique, ces inondations sont considérées comme la première catastrophe environnementale touchant la Belgique ».

Paysages d’apocalypse

Quelques semaines après les décrues, en août 2021, Gaël Turine a ainsi parcouru six vallées meurtries en Wallonie, de la Vesdre à celle de l’Ourthe. Il a remonté trois fois chacune, en 20 mois, le cours des rivières qui avaient débordé. Habitations éventrées, voitures empilées dans la rue comme des jouets, forêts dévastées… Présentés dans un format panoramique (« afin d’embrasser l’étendue des dégâts ») et en noir et blanc (« pour accentuer l’aspect atemporel ») ses clichés attestent de la brutalité avec laquelle les eaux déchaînées ont défiguré les paysages et bouleversé des milliers d’existences. Elles montrent aussi le lent processus de réparation, toujours à l’oeuvre, cette résilience dont font preuve ceux qu’on appelle désormais “les sinistrés”. Des ponts ont été reconstruits, des maisons rasées mais d’autres rénovées. Peu à peu chacun aspire à retrouver une vie normale, malgré « la peur qui resurgit à chaque pluie ».

Le destin des arbres

Au-delà du témoignage, il s’agit aussi de prendre conscience de l’urgence de la lutte face au dérèglement climatique. Deux photographies résument l’immensité de cet enjeu. La première montre deux arbres à l’écorce arrachée et aux branches cassées, mais toujours debout. La seconde, prise un an plus tard au même endroit dans cette région de Chaudfontaine, représente cette fois deux petits troncs : ces silhouettes robustes ont finalement été coupées, car menaçant de s’effondrer. « Et si c’était nous ces arbres ?, s’interroge l’écrivain Laurent Gaudé, qui signe les textes de cette exposition. Nous avons survécu au grand flot. Mais qui peut dire avec certitude que si nous vivons aujourd’hui, ce n’est pas simplement parce que nous allons mettre un peu plus de temps à tomber ? » Telle est la question.

Julien Damien // Photos © Gaël Turine
Informations
Charleroi, Musée de la Photographie

Site internet : http://www.museephoto.be

03.06.2023>24.09.2023mar > dim : 10h -18h, 8 > 4€ (gratuit -12 ans)
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