Picture Perfect
Beauté plurielle
Beauty through a Contemporary LensEt si la beauté n’était plus une norme, mais un territoire de résistance ? À Bozar, Picture Perfect réunit 65 artistes internationaux qui déconstruisent les canons esthétiques hérités de l’histoire de l’art et des médias. Une exposition dense, stimulante et furieusement actuelle.
L’affiche donne le ton. L’image extraite d’une vidéo de Pipilotti Rist montre l’artiste suisse presser violemment son visage contre une vitre — un geste dérangeant, qui souligne la pression exercée sur les corps féminins. Dans le prolongement de Bellezza e Bruttezza, consacrée à la beauté et à la laideur à la Renaissance, Picture Perfect explore la manière dont les images façonnent notre regard depuis les années 1960 jusqu’à aujourd’hui. Cette exposition rappelle que les critères esthétiques demeurent liés à des rapports de pouvoir culturels, sociaux ou politiques. La représentation des corps n’a ainsi jamais été neutre. Dans l’histoire de l’art, le beau idéal se confond avec le respectable, tandis que les corps jugés hors norme restent relégués à la marge.

Défaire les modèles
Le parcours remet justement au centre celles et ceux que l’histoire de l’art a souvent invisibilisés. Le Japonais Ryudai Takano détourne ainsi les codes de La Grande Odalisque d’Ingres en représentant un homme massif vu de dos, dans une image aussi troublante qu’inattendue. La Japonaise-samoane Yuki Kihara questionne quant à elle les classifications héritées de la photographie anthropométrique du XIXe siècle, qui contribuèrent à hiérarchiser les peuples au détriment des non-Occidentaux – édifiant. Plus loin, les coiffures monumentales photographiées par J.D. ’Okhai Ojeikere s’apparentent à de véritables sculptures, célébrant une mémoire et un savoir-faire profondément nigérians. Les portraits de Kristina Varaksina prolongent cette réflexion en rendant toute leur dignité à des visages anonymes et singuliers à la fois.

A contre-courant
De Cindy Sherman à Zanele Muholi, les artistes donnent à voir des corps qui résistent aux cadres imposés et démontrent que la beauté est multiple, mouvante et inclusive. En confrontant le public à cette diversité, l’exposition invite à questionner son propre regard. Le titre prend alors tout son sens : l’image parfaite n’est plus celle qui correspond aux normes, mais celle qui affirme une identité singulière, voire à contre-courant. Un manifeste pour la dignité et la pluralité des genres et des cultures.
Site internet : http://www.bozar.be/
du mardi au dimanche, de 10:00 à 18:00, et le jeudi jusqu'à 21:00 (sauf pendant les vacances d'été).












