Hans Op de Beeck
Entre deux mondes
C’est sans doute l’un des plus grands artistes belges contemporains. Hans Op de Beeck déploie à Cassel, dans les Hauts-de-France, son oeuvre fascinante, entre mélancolie et mise en scène tragi-comique de la condition humaine. Ses fameuses sculptures grises ultra-réalistes, mais aussi ses aquarelles, photographies ou vidéos dialoguent avec les peintures des maîtres flamands si chères au musée de Flandre, lors d’une visite pleine de silence et de résonances.
Elle est assise dans un fauteuil Chesterfield, les yeux clos et une cigarette entre les doigts. Cette danseuse échappée du carnaval de Rio semble avoir été pétrifiée au cours de sa pause par une catastrophe soudaine. Elle est présentée à taille réelle et surtout dans une intrigante couleur grise, comme recouverte d’une fine couche de cendres, évoquant les corps statufiés de Pompéi après l’éruption du Vésuve. Cette sculpture en polyester contient nombre des obsessions du génial Hans Op de Beeck, au premier rang desquelles l’irrémédiable fuite du temps, qu’il tente de figer… Cet artiste belge s’est distingué au début du millénaire en développant un univers postapocalyptique immédiatement reconnaissable. « C’est une oeuvre mélancolique, poétique, suscitant la contemplation et l’introspection, mais pas forcément triste », commente Cécile Laffon, la directrice du musée de Flandre. En effet, ses créations peuvent aussi se révéler terriblement touchantes. En témoigne ce visage d’enfant endormie, suscitant un sentiment de plénitude absolue, ou encore cette statue de garçonnet jouant aux billes, tendre allégorie de l’innocence juvénile.

Timo (marbles), sculpture, 2018, 42 × 67× 45 cm, revêtement, polyester, verre © Studio Hans Op de Beeck, ADAGP, Paris, 2023
Jeux de contrastes
Né en 1969 à Turnhout, Hans Op de Beeck multiplie les procédés, entre sculpture, peinture, photographie ou vidéo. Dans l’exposition Silence & résonance, une vingtaine de ses oeuvres dialogue avec celles du parcours permanent du musée de Flandre. Celui-ci a été entièrement refaçonné l’an passé à la faveur de dépôts importants du musée des Beaux-Arts de Valenciennes, et fait plus que jamais la part belle à la peinture flamande, de Bruegel à Rubens, en passant par Jérôme Bosch… Une histoire de l’art avec laquelle Hans Op de Beeck entretient des liens évidents, sans forcément les revendiquer. « Nous avons ainsi instauré des jeux d’opposition ou de filiation entre les deux », poursuit Cécile Laffon.

Hans Op de Beeck Vanitas XL 2021 / Polyester, polyuréthane, métal, polyamide, revêtement 350 × 300 × 290 cm © Studio Hans Op de Beeck, ADAGP, Paris, 2023
Ici, une gigantesque aquarelle de paysage enneigé est placée en regard d’une toile de l’Anversois Leytens, maître des panoramas d’hiver. Là, ses photographies d’enfants souriants, saisis les yeux fermés et sur fond noir, côtoient des portraits d’apparats du XVIe siècle. Citons enfin cette monumentale composition sculptée de vanité, genre phare au XVIIe siècle en Hollande et symbolisant l’absurdité de l’existence humaine. Mais celle-ci fait cohabiter motifs classiques et contemporains, macabres et ludiques, à l’image de ce crâne humain surmonté d’un papillon, quelque part entre le tragique et le comique, l’ombre et la lumière… Un monde monochrome, tout en gris, noir et blanc, mais qui ne manque pas de contrastes.












