Jérôme Masi
Le sens de l'épure
Directeur artistique et illustrateur installé à Annecy, Jérôme Masi s’est révélé avec ses créations minimalistes, tapant notamment dans l’œil de grandes marques internationales. Jouant avec les lignes, les aplats de couleurs et les contrastes, le Français frôle parfois l’abstraction dans des compositions tout en rondeurs et simplifiées jusqu’à l’essentiel. Comment travaille-t-il ? Quelles sont ses sources d’inspiration ? D’enthousiasme ? Entretien.
Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ? Mon père a étudié aux Beaux-Arts et a une formation d’architecte, il y a donc toujours eu une importance accordée au beau chez moi. Mon parcours scolaire n’a pas été très glorieux, je ne trouvais pas vraiment ma place mais j’ai fini par suivre une formation à l’école Emile-Cohl, à Lyon, où j’ai obtenu ma licence d’arts appliqués. Cela m’a permis de travailler dans le milieu du jeu vidéo et de monter rapidement mon studio de création graphique, en 2006, toujours à Lyon. Par la suite, j’ai fondé un collectif puis me suis dirigé vers le motion design. J’ai déménagé à Annecy où je vis actuellement. Je suis illustrateur à temps plein, représenté par l’agence Creasenso depuis dix ans.
Vous vous présentez donc comme illustrateur… Oui, car je tire la majorité de mes revenus de cette activité, même si j’ai démarré cette carrière assez tardivement. J’ai commencé par le flat design, soit du design graphique axé sur les aplats de couleurs et le minimalisme, et petit à petit j’ai ressorti mes pinceaux et ma peinture acrylique.
Utilisez-vous davantage le digital ou la peinture ? Généralement le travail de commandes, pour des clients français ou étrangers comme Orange, Tissot, ou British Airways, est digital. En ce qui ce concerne les œuvres plus personnelles, je préfère les supports tangibles. Mais l’un nourrit l’autre. D’ailleurs, mon espace de travail est pour partie un bureau, pour partie un atelier. Je passe constamment de la position assise, face à mon ordinateur, à celle debout devant mes toiles.
De façon générale, comment présenteriez-vous votre travail ? J’aime les choses sobres, y compris chez les gens. Le dessin que vous avez choisi en couverture, Childhood, est un motif que j’ai produit sur toile et qui illustre bien mon approche minimaliste. Il synthétise également mes centres d’intérêt : les silences, l’intériorité, l’enfance. J’ai envie que chaque personne remplisse à sa façon les vides, les questions laissées sans réponse dans cette image.
Parmi notre sélection, certaines œuvres ont-elles une signification particulière ? Les trois hommes qui marchent figurent l’évolution, le changement, le fait d’avancer dans les étapes de la vie. La sérigraphie représentant un homme de dos, coiffé d’une casquette rose, frôle l’abstraction et questionne le fait d’être au pied du mur. Je l’ai baptisée Behind the Wall et l’ai récemment vendue aux enchères. Citons également cette création montrant deux personnages se passant une tête en forme de lune. Celle-ci illustre l’empathie, la communication, le fait de mieux comprendre l’autre. Plus généralement, il y a les casquettes, le ballon, qui ont aussi trait à l’enfance. Le rond est très présent dans mon travail, il permet d’attirer l’œil à un endroit de l’image. J’ai toujours voulu utiliser les aplats et je fonctionne par système de couleurs. J’en utilise rarement plus que trois, dont une plus foncée pour faire ressortir le reste. Tout est question d’équilibre, d’harmonie et de contraste.
Quelles seraient vos influences et vos sources d’inspiration ? Le Bauhaus en est une, mais je dirais que mon inspiration vient surtout de l’enfance. Je me permets des choses à mon âge (45 ans) que je ne m’autorisais pas avant. Je traite de sujets plus profonds.
J’ai lu que vous puisiez votre inspiration dans l’architecture, mais aussi la culture pop des années 1980… Je ne sais pas si c’est très visible dans mes illustrations, mais je suis un enfant des années 1980. J’aime les vieux objets de cette époque qui sont liés à l’enfance, j’en ai pas mal chez moi, tout cela m’inspire. Et j’ai toujours aimé la culture urbaine, avec un peu de poésie.
Si vous n’aviez pas été illustrateur, quel métier auriez-vous aimé exercer ? Musicien, certainement. Ou quelque chose d’artistique… En tout cas un métier qui ne paraît pas en être un. On n’est pas obligé de s’enfermer dans une case !
C’est ce vous apprenez à vos trois enfants ? Oui, j’essaie de cultiver chez eux ce qui leur amènera la liberté. La grande chance que j’ai aujourd’hui, c’est d’être libre : de mettre de l’énergie, de l’envie, de la passion dans tout ce que je fais.
Quels sont vos projets ? Je viens de terminer une exposition collective à Taïwan, et j’en ai une autre qui démarre en avril à Hangzhou, en Chine. Au cours de l’année, je devrais aussi travailler avec la marque Perrier.
À visiter / www.jeromemasi.com, www.behance.net/jeromemasi, @jerome.masi










