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Le périple jeune

Junkyard I, 2021 © Félix Luque Sánchez et Nicolas Torres Correia

« L’adolescence est la seule période où l’on puisse parler de vie au plein sens du terme », selon Michel Houellebecq. Sans doute, mais quelle adolescence ? À Charleroi, le BPS22 réunit près d’une centaine d’oeuvres contemporaines signées d’illustres noms (de Nan Goldin à Teresa Margolles) pour mieux ausculter cet âge empli de mystères et de contradictions. Derrière ce titre empruntant à un hymne universel (et nihiliste) de Nirvana sur le mal-être de la jeunesse, se cache une exposition dénuée de clichés, mais pas d’émotion.

Révoltée, indécise, fragile… Oui, l’adolescence est un peu tout cela, mais ne se résume pas à un portrait de James Dean ! « Je souhaitais éviter ces préjugés, confie Nancy Casielles, la commissaire. Cet âge n’a pas qu’un seul visage, il est multiple, varie selon les pays, le contexte social… ». Le parcours s’ouvre ainsi sur le travail de Vincen Beeckman. Depuis 2019, ce photographe s’est immiscé dans la vie de garçons et de filles de Charleroi. Il a capturé leur quotidien au skatepark, à la maison des jeunes ou au sein d’une école d’enseignement professionnel. Ses images prises sur le vif montrent par exemple des gamins en bleu de travail, les mains dans le cambouis, pas encore en âge d’avoir le permis mais réparant des voitures. À bien des égards, le Belge se situe dans les pas de Larry Clark, l’un des premiers à s’être intéressé à la jeunesse défavorisée, américaine en l’occurrence. Au BPS22, on découvre d’ailleurs l’iconique cliché Billy Mann, portrait “crashé” d’un ado au volant de sa bagnole – symbole s’il est en de liberté. Dans le même esprit, on retient aussi la série Périphérique de Mohamed Bourouissa. Celui-ci met en scène des jeunes de la banlieue parisienne en se réappropriant les codes de la peinture classique française (de Courbet à Delacroix) pour redonner voix au chapitre à ces populations habituellement délaissées – voire stigmatisées.

Le Cercle imaginaire, série Périphérique de Mohamed Bourouissa

Le Cercle imaginaire, série Périphérique de Mohamed Bourouissa

Entre-deux

Si, pour les Occidentaux des classes moyennes, cette période reste synonyme d’insouciance, d’autres n’ont simplement pas d’adolescence. En témoigne le film Missing Stories de Laura Henno. À la lisière de l’art et du documentaire, elle a filmé des migrants mineurs et isolés. Ils sont réunis dans un lieu indéterminé et sans repères, entre désert et mer, au carrefour de leur existence… Riche de près de 90 oeuvres, l’exposition révèle ainsi une diversité d’histoires mais aussi d’approches formelles. « Il y a finalement peu de photographies ici, ce médium étant souvent utilisé pour illustrer le thème de l’adolescence », justifie Nancy Casielles. Entre les poupées mutantes de Maen Florin, symbolisant cette transition, ou les jeans sous vide laissant apparaître un smartphone dans la poche (nouvelle excroissance de la jeunesse connectée) signés Émilie Brout et Maxime Marion, on découvre les toiles d’Hernan Bas. L’Américain dépeint des ados oisifs dans leur chambre ou flânant au sein de paysages luxuriants, parfois inquiétants. Ils semblent alors suspendus entre fantasmagorie et réalité… laquelle finira tôt au tard pas les rattraper – hélas !

Julien Damien / Photo : Junkyard I, 2021 © Félix Luque Sánchez et Nicolas Torres Correia
Informations
Charleroi, BPS22

Site internet : http://www.bps22.be

12.02.2022>22.05.2022mar > dim : 10h-18h, 6 > 3€ (gratuit -12 ans)
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