Home Exposition Le mystère Mithra

Secrets d’histoire

© MRM MITHRA

Durant le XIXe siècle, l’académicien Ernest Renan affirma sans rire que « si le christianisme eût été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eût été mithriaste ». Oui, parfois l’Histoire ne tient pas à grand-chose… Mais qui était Mithra ? D’où vient-il et en quoi son culte consistait-il ? A Morlanwelz, le Musée royal de Mariemont éclaircit pour la première fois le mystère nimbant ce Dieu né en Orient puis célébré dans tout l’Empire romain, jusqu’au quatrième siècle de notre ère.

Qui dit culte dit bonne histoire. Celle de Mithra est particulièrement étoffée. En fait, tout débute par un accident. Phaéton emprunte le char solaire de son père (le dieu Soleil) mais en perd le contrôle et provoque la désolation sur Terre. Fichtre ! Jupiter convoque alors une assemblée : il faut créer un nouveau héros. Ainsi naquit Mithra, en l’occurrence d’une roche. Dans la foulée, celui-ci tue un taureau dont le sang régénère notre monde. Jaloux de ses exploits, le Soleil le provoque en duel mais perd. Mithra, bonne pâte, l’invite à banqueter et scelle leur réconciliation d’une poignée de main – c’est d’ailleurs la signification de son nom : le contrat, l’alliance. « Dès lors, il devient un maître de l’univers », explique Nicolas Amoroso, commissaire de cette exposition.

Autel particulier

Ce récit est résumé à travers des scènes ornant un relief pivotant, dès l’entrée du musée, montrant un héros aux boucles blondes et coiffé d’un bonnet phrygien – « qui ressemble un peu à un chapeau de Schtroumpf ». L’objet était disposé sur une sorte d’autel dans tous les mithraeums de l’Empire romain. Cent-trente de ces sanctuaires ont été découverts à ce jour, de l’Écosse à la Bosnie. À Mariemont, le visiteur en découvre une reconstitution grandeur nature, entre autres pièces d’exception : ensembles statuaires ou reliefs tauroctoniques antédiluviens… Des milliers d’adeptes ont ainsi perpétué la légende, du 1er au 4e siècle après JC, dans « un temple construit à leurs frais et semi-enterré, évoquant la grotte où fut tué le taureau. Ici, la mythologie et le rituel sont indissociables ». Le succès du mithraïsme tient sans doute à son ouverture. « Il n’y avait pas vraiment de prêtre ni de dogme, les communautés étaient indépendantes les unes des autres ». Surtout, tout le monde pouvait en être membres – sauf les femmes… « Il y avait là des militaires, des gouverneurs mais aussi des esclaves, tous traités sur le même pied d’égalité ». Comme une nouvelle identité, en parallèle d’une société pas forcément juste.

Tous en scène ? 

Une hiérarchie est instaurée, et l’on progresse du grade du corbeau à celui du lion, jusqu’à porter le bonnet phrygien, comme Mithra. Leurs valeurs ? « Essentiellement la solidarité, la fraternité, comme une franc-maçonnerie avant l’heure. Les cérémonies étaient très chaleureuses. Ils sacrifiaient une volaille ou un porcin puis on ripaillaient, précise Nicolas Amoroso. On imagine aussi qu’ils rejouaient les scènes du mythe, peut-être avec des masques, à la façon d’une pièce de théâtre… Mais tout cela reste mystérieux car il y a peu de textes ». Une certitude : le mithraïsme prit fin au quatrième siècle de notre ère. Plus exactement en 392. L’empereur Théodose proclame le christianisme religion officielle de l’empire et interdit les autres cultes. Mithra disparaît, avant d’être redécouvert lors de la Renaissance, mais garde encore son lot de secrets…

Julien Damien / Photo : Photo © MRM
Informations
Morlanwelz, Musée Royal de Mariemont

Site internet : http://www.musee-mariemont.be/

Tous les jours sauf les lundis non fériés, avril > septembre, : 10h > 18h / octobre > mars : 10h > 17h

20.11.2021>14.04.2022mar> dim : 10h-17h, 8 > 3€ (gratuit -18 ans)
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