Home Exposition Ni dieu ni maître !

À l’art libre

Paul SIGNAC Le Démolisseur, 1897-1899 Huile sur toile H. 255 ; L. 154 cm Paris, Musée d'Orsay Inv. AM 2735
© GrandPalaisRmn (musée d'Orsay) / Stéphane Maréchalle

Il fut un temps – au XIXe siècle – où l’anarchisme constituait l’une des grandes pensées révolutionnaires. Ce n’est plus le cas, mais il n’est pas mort pour autant : la liberté individuelle et le refus de toute domination continuent d’infuser l’art et la société, jusqu’aux pochoirs illégaux et anonymes de Banksy. Une histoire sans Dieu ni maître, mais avec un début et de multiples  fins, que La Piscine remet en lumière.

On vit une époque étrange. Le street art, mouvement urbain et anticonformiste par essence, a gagné l’intérieur des musées. Et La Piscine de Roubaix consacre son écrin Art déco à une exposition sur l’anarchisme, une idéologie allergique à toute forme d’autorité. Voilà pour la théorie. Dans les faits, l’approche de l’établissement roubaisien a été parfaitement accueillie par les spécialistes, collectionneurs et artistes qui ont participé à Ni Dieu ni maître. Conçu comme un équipement public mêlant bassin olympique de 50 mètres et bains-douches, le bâtiment incarnait déjà une certaine idée de la mixité sociale. Aujourd’hui transformé en musée, « il conserve dans son ADN l’engagement social, ce lien entre l’art et la politique », souligne Adèle Taillefait, conservatrice chargée des collections Beaux-Arts.

Chat noir et anti-dogmatisme

En reconstituant dès 2018 l’atelier du sculpteur collaborationniste Henri Bouchard, La Piscine montrait déjà qu’elle n’avait pas peur de s’emparer de sujets politiques, voire polémiques. Celui de l’anarchisme l’est peut-être moins aujourd’hui qu’à son émergence, en 1840, lorsque Pierre-Joseph Proudhon (on retrouve son portrait exécuté par Gustave Courbet dans l’exposition) lançait avec fracas que « la propriété, c’est le vol ! ». Les symboles de ce courant profondément libertaire et individualiste sont depuis passés dans la culture populaire : le chat noir, notamment visible dans une illustration de Théophile Alexandre Steinlen ; la fameuse devise « Ni Dieu ni maître ! », brodée sur une bannière anarchiste roubaisienne ; le célèbre “A” noir cerclé, dessiné par le bédéiste néerlandais Peter Pontiac sur une couverture de comics underground.

Maximilien LUCE Almanach de la Révolution, 1903 Brochure imprimée H. 18,5 ; L. 14 cm Collection Michel Dixmier © Alain Leprince, Roubaix, La Piscine – Musée d’art et d’Industrie André Diligent

Art mouvant

Mais au fait, c’est quoi un artiste anarchiste ? Pas forcément ce que l’on croit. « Certains d’entre eux ne revendiquaient pas un art particulièrement social, car l’affirmation de leur liberté individuelle totale en tant qu’artiste illustrait à elle seule l’idéologie anarchiste », constate Adèle Taillefait. Le courant constitue une « histoire de l’art » en mouvement, puisqu’il s’est longtemps « diffusé sous le manteau » pour éviter la répression. L’exposition réhabilite ces « tracts infimes, brochures illustrées et papiers anodins », sans oublier les héritiers modernes de l’anarchie (Banksy et A2) et d’autres formes artistiques (de Léo Ferré aux pochettes punk des Clash ou des Sex Pistols). Une certitude : certaines œuvres vieilles de plusieurs décennies n’ont pas pris une ride. Le célèbre dessin anonyme d’un CRS brandissant son gourdin derrière un bouclier, créé à l’époque de Mai 68, n’a jamais paru si actuel depuis la répression violente du mouvement des Gilets jaunes.

Texte : Arnaud Stoerkler / Photo : © GrandPalaisRmn (musée d'Orsay) / Stéphane Maréchalle
Informations
Roubaix, La Piscine
Ni Dieu ni maître ! Arts et anarchie de Courbet à Banksy10.10.2026>24.01.2027mar > jeu : 11h-18h, ven : 11h-20h, sam & dim : 13h-18h , 11/9€ (gratuit -18 ans)
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