Éclats du rire !
Quand l’art se marre
Vous trouvez que l’art contemporain se moque du monde ? Vous avez raison. En tout cas, c’est l’humour qui a dicté la sélection des 150 œuvres exposées au Tripostal de Lille pour Éclats du rire !. Un beau feu de joie peuplé d’artistes qui s’amusent de tout, surtout d’eux-mêmes. Ce qui ne les empêche pas de passer des messages très sérieux. Quand même.
Non, l’humour n’est pas le terme qui vient immédiatement à l’esprit pour définir l’art contemporain. La faute, peut-être, à cette idée que « le rire rabaisserait une œuvre », alors qu’il peut aussi « rendre son message à la fois plus accessible et plus fort » selon Caroline David, commissaire d’Éclats du rire !. Pour en avoir le cœur net, le plus simple est de pousser les portes du Tripostal : sa nouvelle grande exposition d’art contemporain propose plus de 150 œuvres décapantes, avec l’humour pour seul fil rouge. Exemple ? La sculpture d’un pigeon plus vrai que nature juché sur une montagne de ses propres déjections, intitulée Au sommet après en avoir tant chié par son créateur, le Suédois Erik Dietman. Un autre ? Deux rectangles blancs entrecroisés par le spécialiste de l’abstraction géométrique François Morellet, dont le titre La brouette, renvoie malicieusement à une position du Kamasutra.
Variations du rire
Il est fort probable que certains ne riront pas devant l’œuvre conceptuelle de Robert Filliou réunissant un seau, une serpillère et un balai surmonté de l’écriteau « La Joconde est dans les escaliers ». Mais « leur voisin rigolera peut-être », souligne Caroline David. « Le rire reste la clef d’une énigme un peu personnelle, relevant de mécanismes intimes dans lesquels une foule d’éléments, comme notre vécu, jouent un rôle », rappelle la commissaire. Voilà pourquoi le Tripostal en offre pour tous les goûts. Du rire aux éclats français, belge ou américain, confortable ou dérangeant, le tout bien rangé dans les trois étages du centre d’art. Le rez-de-chaussée s’intéresse à des artistes se moquant d’eux-mêmes, le deuxième étage à des œuvres qui s’attaquent à l’art et aux institutions en détournant leurs codes et langages, le troisième à des créations plus cinglantes où se frottent dénonciations politiques et critiques sociales.

Bibendum afro
« L’idée, c’est de surprendre », résume Caroline David. Un désir concrétisé grâce aux collections des 22 fonds régionaux d’art contemporain (Frac) de France, dont sont issues toutes les œuvres. L’une d’elles, Spaghetti Man du « provocateur un peu trash » Paul McCarthy, montre une figure humaine à tête de lapin affublée d’un sexe démesuré, qui brouille la frontière entre l’enfance et le monde adulte. Il côtoie le célèbre bibendum Michelin, que le plasticien Bruno Peinado représente tout noir et levant le poing comme les athlètes des JO de 1968 en lutte pour les droits civiques. Ce n’est pas tout : il y a aussi « une salle un peu coquine » et des œuvres invisibles (qui ne ressemblent pas à des créations) disséminées dans tout le musée, un programme de stand-up et une Fun Zone où les visiteurs pourront méditer, s’amuser, voire les deux en pratiquant le yoga du rire. L’art contemporain, cette vaste blague.
En savoir + : exposition-eclats-du-rire
Légendes :
Bruno Peinado, The Big One World, 2000 – Frac Poitou-Charentes – Peter Saul © Malik Benkahla – collective works
Erik Dietman, Au sommet après en avoir tant chié, 1991 – Frac des Pays de la Loire © Adagp, Paris – photo : Stéphane Bellanger
François Morellet, La brouette, 1986 – Frac Grand Large – Hauts-de-France © Adagp, Paris – photo : Andre Morin
Paul Mccarthy, Spaghetti Man, 1993 – Frac Occitanie Montpellier © Paul McCarthy P.Schwartz, Adagp – photo : P. Schwartz





