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Au nom du père

Sur la piste du Cirque d’hiver, Alex Lutz convoque la mémoire de son père pour raconter, en creux, soixante-dix ans d’histoire de France. Un seul-en-scène tendre et facétieux, couronné par le Molière de l’humour, où le rire ne fait jamais taire l’émotion.

Quatre ans après la mort de son père Gérard, Alex Lutz aurait pu ranger le chagrin sous le tapis. Il en a plutôt fait la matière de son troisième seul-en-scène. Entre un amas d’objets accumulés par cet homme au syndrome de Diogène et la présence énigmatique d’un cheval blanc, le comédien déroule le fil d’une vie ordinaire devenue, sous sa plume, un miroir tendu à plusieurs générations. Boomer élevé à la dure, jeune homme aux cheveux longs puis cadre licencié, Gérard traverse les décennies comme un symbole malgré lui. Alex Lutz ressuscite ses proches – l’ami porté sur la bouteille, le prêtre empoté, la belle-mère désinvolte – avec une précision d’imitateur digne de son ancien personnage de Catherine dans Catherine et Liliane. Mais l’exercice dépasse largement l’hommage filial. En creusant l’histoire de son père, l’artiste interroge sa propre génération, celle « des flippés », avant de tendre la main à celle qui vient. Ni misérabiliste ni hagiographique, le regard reste tendre et sans jugement. Critiques et spectateurs saluent un texte ciselé et une mise en scène inventive, qui transforme la piste du cirque en théâtre du souvenir, où l’on sait rire de la mort sans jamais s’en moquer.

Texte : Nicolas Pattou / Photo © Louis Josse / Jmdproduction
Informations
Dunkerque, Théâtre le bateau feu
30.09.202620h, 16€
Hem, Le Zéphyr
27.11.202620h, 49/44€
La Louvière, Théâtre de La Louvière
28.11.202620h, 39 > 15€
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