Strano
Rire sous la tempête
Sous un chapiteau rouge et rond planté au cœur de la ville, Titoune et Bonaventure Gacon rouvrent leur théâtre du merveilleux. Strano, cinquième création du Cirque Trottola, mêle trapèze, clownerie et orgue tombé du ciel pour conjurer, avec malice, le fracas du monde.
Voilà plus de vingt ans que ces deux-là trimballent leur roulotte de villes en villages, préférant la piste ronde aux salles à l’italienne. Trottola, la “toupie” en italien, est né en 2002 d’une rencontre entre Titoune, voltigeuse menue, et Bonaventure Gacon, colosse au nez rouge. Avec Strano (“étrange”), son cinquième spectacle, le duo s’offre un chapiteau rappelant les cirques d’hiver du Second Empire, où 297 spectateurs se serrent sur un gradin en fer à cheval. Trop petit, l’espace ? Justement : clowns, numéros acrobatiques et échelle tournoyante jaillissent de partout, jusqu’à faire craquer les coutures de la toile. Point d’orgue littéral du spectacle : un authentique orgue de tribune, tenu par le musicien Samuel Legal, qui navigue de Bach à ses propres compositions. « La musique tord la réalité, dilate le temps », confient les deux artistes, pour qui ce trio de fortune évoque « des Sancho Panza en selle sur une bourrique ». Dehors, la guerre gronde en écho lointain ; sous la toile, on rit, on trébuche, on s’envole – et l’on retrouve, le temps d’une soirée, la magie fragile du cirque de son enfance.













