Trop Mignon ! L’Art du bonheur
La douceur contre-attaque
Non, le mignon n’est pas né avec les Bisounours. Cette notion traverse l’art depuis l’Antiquité, aussi universelle qu’ambiguë. Le Louvre-Lens la prend enfin au sérieux : entre neurosciences, histoire de l’art et provocations contemporaines, près de 300 œuvres racontent pourquoi craquer devant un chaton n’a jamais été aussi politique.
La dernière exposition du Louvre-Lens fait cohabiter un Renoir avec les créatures de Jeff Koons. Leur point commun ? Illustrer la grande histoire du mignon, de l’Antiquité à nos jours. Derrière la légèreté de cette sensation qui convoque irrémédiablement la joie, se cache un véritable objet d’étude, à la croisée de l’histoire des émotions et des neurosciences. « La tendresse touche aux fondements de l’humanité », résume Annabelle Ténèze, directrice du Louvre-Lens. D’où l’idée de lui offrir un écrin à sa mesure, pour faire dialoguer les toiles de la Renaissance italienne, pleines de putti (ces petits angelots ailés, ronds et joufflus) avec le ”mignonisme”, courant inventé par Philippe Katerine. Auréolée de couleurs pastel, cette aventure immersive « joue beaucoup sur les sens » : le goût avec du sucré qui fait saliver, le toucher avec des doudous moelleux, le regard avec une salle dédiée aux œuvres miniatures – dont les plus petites, frisant le centimètre, se scrutent à la loupe.

WILL COTTON, Out of the Woods, 2020
Des tyrans aux licornes
Roue des émotions pour légitimer le ressenti des visiteurs, vote pour l’œuvre la plus émouvante, salle de médiation où tout peut être touché… Fidèle à son savoir-faire, le musée montre l’histoire de l’art sous un angle inédit, sans hiérarchiser les cultures, via une quinzaine de stations à la fois chronologiques et thématiques. Entre l’invention de la teinte rose au XVIIIe siècle et les regards attendris posés sur des sculptures de chiens mexicains gardiens de tombe, on apprend que « les Frères Lumière ont tourné la première vidéo de chat » en 1899, quatre ans après leur fameuse sortie d’usine… ou que la Corée du Sud a érigé la bienveillance en valeur cardinale de sa société, au sein d’un continent asiatique « particulièrement touché par le mignon ». Mais tout n’est pas kawaii dans la tendresse : « Le mignon peut être utilisé par les régimes totalitaires pour étouffer les esprits critiques », note Annabelle Ténèze. Aux portraits d’Hitler posant avec un faon ou d’un Staline entouré d’enfants s’oppose aujourd’hui « la tendresse érigée en arme pacifique », avec des manifestants déguisés en licorne. De quoi mettre des paillettes dans les yeux, comme le fait l’artiste Pascal Lièvre en réenchantant treize chefs-d’œuvre du Louvre à coups de poudre scintillante en fin de parcours.
Site internet : http://www.louvrelens.fr/
Galerie du temps et Pavillon de verre :
Entrée libre et gratuite
Galerie d’expositions temporaires :
Tarif plein : 10€ / 18 – 25 ans : 5€ / – 18 ans : gratuit
Le musée est ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h (dernier accès et fermeture des caisses à 17h15).
Fermé les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.
















