AFFICHE POLITIQUE
L'art de l'engagement
Affiche politique. 50 ans de TriennalesOn pousse la porte du Mons Memorial Museum et le silence se remplit d’images. Cinquante ans de graphisme engagé défilent ici à hauteur d’œil et de conscience : droits humains, migrations, guerres, climat… Autant de luttes imprimées sur papier qui, malgré les réseaux sociaux, continuent de secouer les consciences.
Ici, pas de vitrines poussiéreuses. Dès les premières salles, seize sections s’enchaînent comme autant de fenêtres ouvertes sur les fractures du monde, des droits humains à l’environnement en passant par les luttes sociales ou les discriminations. Le parti pris est clair : plutôt qu’un défilé chronologique ou la simple mise en avant des lauréats, une déambulation libre où les décennies se répondent, où une illustration de 1978 dialogue avec l’actualité la plus brûlante. La richesse du fonds impressionne : près de 200 affiches jalonnent le parcours.Elles ont été sélectionnées dans le vaste corpus constitué depuis la création de la Triennale en 1977. à l’origine tournée vers les seules luttes sociales locales, la manifestation s’est ouverte au monde entier. De quoi mesurer, d’un seul regard circulaire, la constance de certains combats, et la manière dont chaque génération de graphistes réinvente les mêmes urgences.
Arrêt sur images
Section migrations : le Chinois Mingliang Li détourne le drapeau européen, remplaçant le cercle d’étoiles par une ronde de mains tendues sur fond bleu, comme un appel au secours adressé à une Europe qui regarde ailleurs. Un peu plus loin, la partie consacrée au conflit israélo-palestinien s’arrête sur le travail du graphiste israélien Yossi Lemel : une colombe blanche enfermée dans un bocal de verre, ailes repliées contre la paix qu’elle est censée incarner. L’image, sobre et cruelle, résume à elle seule l’enlisement d’un conflit ravivé depuis les attentats du 7 octobre 2023. Ailleurs, la section droits de l’Homme convoque les visages d’Anna Politkovskaïa et de Ján Kuciak, journalistes assassinés pour avoir enquêté, tandis que le crayon brisé de Charlie Hebdo referme la boucle sur la liberté d’expression menacée, thème qui ouvre justement le parcours. Ce qui frappe surtout, c’est la jeunesse du regard porté sur ces archives. Quatre écoles secondaires de la région montoise ont participé à des ateliers d’écriture, et les textes anonymes des élèves jalonnent aujourd’hui l’accrochage, mêlant colère intime et lucidité politique. « Le silence est un choix », prévient l’un des murs de l’exposition. Une phrase qui résonne longtemps après la sortie, quand les combats d’hier ressemblent décidément trop à ceux d’aujourd’hui.




















