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Ondes de choc

L’ouvrage que consacre le photographe Olivier Degorce à radio FG est une somme pour quiconque se demande ce que c’était, vivre la techno dans les années 1990. En plus de 400 images et une trentaine d’entretiens, l’auteur n’entend pas « retracer l’épopée complète de la radio depuis sa naissance il y a quarante ans, mais plutôt poser sur cette histoire un regard d’aujourd’hui, raviver la parole de ceux qui l’ont hantée, chérie et dirigée, animée… ». Plongeons !

Aujourd’hui, les musiques électroniques ont droit de cité à peu près partout. Mais revenons quelques années en arrière. Vers 1990, par exemple, juste après le second Summer Of Love qui vit, outre-Manche, l’explosion de l’acid-house – un son inouï, au sens premier du terme. La Belgique succombe très rapidement. Il n’en va pas de même dans une France très conservatrice. Hormis quelques clubs (le Boy, les Bains-Douches, le Rex…), ni presse (Rock&Folk s’en fiche, les Inrocks aussi, Actuel est davantage branché sono mondiale), ni télé. Pourtant, les raves, légales ou non, explosent à Paris et aux alentours. Comment se tenir au courant, sans web ni portable ? Eh bien, ces francs-tireurs avaient leur “Radio-Londres”. Elle se nommait Radio FG.

Jean-Yves Leloup, Radio FG, rue de Rivoli, Paris, 1995 Photo Olivier Degorce Livre Radio FG éditions La Table Ronde - B000004-R1-03-1 copie
Effervescence

Née en 1981 durant l’explosion des radios libres (Carbone 14 ou… NRJ), Fréquence Gaie pouvait se targuer d’être la première radio FM homosexuelle au monde. Informations, témoignages… mais une programmation musicale empêtrée dans les clichés gays : Mylène Farmer, Dalida… Or, la décennie 1990 s’ouvre par la chute du Mur de Berlin, et la promesse (naïve) d’un monde sans frontières dont la techno serait la bande-son et le langage commun. Henri Maurel, haut fonctionnaire, militant et clubber, saisit le Zeitgeist et amorce le virage électronique. Il comprend que la lutte se joue aussi sur les ondes. Portée par une programmation avant-gardiste et une liberté de ton revendiquée, sa petite station communautaire devient bientôt une référence.

Gwenola Froment et Pedro Winter, Radio FG, rue de Rivoli, Paris, 1995 Photo Olivier Degorce Livre Radio FG éditions La Table Ronde - 73340013
Déflagration

C’est cette période bénie que retrace l’ouvrage d’Olivier Degorce. Illustré de photos emblématiques (danseurs, DJ, flyers…), cet objet monumental évoque l’impact de la house et de la techno, de nouvelles formes de fête, la subversion du modèle hétéro par les codes homos, les vocations créées (le fanzine eDEN, la revue Coda ou le studio graphique M/M) et livre les témoignages de quelques acteurs clés. Certains sont célèbres (le journaliste Jean-Yves Leloup, le couteau suisse Pedro Winter), d’autres confidentiels mais essentiels, tel Patrick Rognant, animateur de Rave Up et ardent défenseur d’une techno “dure”. C’était aussi ça, FG : toutes les écoles cohabitaient et, avant un set en club ou une free-party au fond des bois, défilait la crème électronique, alors underground : Frankie Knuckles, Underground Resistance, Andrew Weatherall, Laurent Garnier ou Aphex Twin… On peut, approximativement, dater la fin de cet âge d’or vers 1997-98, avec l’explosion de deux Parisiens ayant fait les belles heures de FG (Homework, de Daft Punk), la première Techno Parade et l’adoption du PACS. Un succès all around the world, l’affirmation des marges dans la rue, et une énorme avancée sociale. Missions accomplies.

Texte : Thibaut Allemand / Photo © Olivier Degorce, Livre Radio FG, éditions La Table Ronde

Litt_Radio FG_DEGORCE_LM212A lire /

Radio FG

d’Olivier Degorce

(Éditions La Table Ronde)

464 p., 48,50€

editionslatableronde.fr

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