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Queer véritable

Peas in a Pod*

La photographe nigériane Rachel Seidu expose au Théâtre du Nord 30 nuances de la communauté queer, dont les membres ne se reconnaissent pas dans les modèles dominants de l’identité de genre ou sexuelle. L’artiste a rencontré une douzaine d’entre-eux à Lille, au printemps dernier, brandissant son Canon EOS R6 comme un acte de résistance. Derrière l’objectif, une idée simple : documenter une vaste communauté qui attend toujours une réelle égalité des droits, à renfort de cadrages tendres et resserrés.

Comment avez-vous découvert l’existence de la communauté queer au Nigeria ?
Je fais moi-même partie de cette communauté, ce n’est donc pas quelque chose que j’ai découvert de l’extérieur. La majorité d’entre nous s’est rencontrée en ligne, puis dans la vie réelle. Les universités permettent aussi de nouer des amitiés en toute discrétion. Même dans un environnement difficile, nous avons toujours trouvé les moyens de créer des liens et un sentiment d’appartenance.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de documenter cette communauté ?
En grandissant, je savais que j’étais différente, sans pouvoir me confier à personne. Sur Internet, je ne trouvais que des blogs relatifs aux personnes queer, sans photos ni représentations concrètes. J’ai alors décidé de combler ce vide, pour que les jeunes puissent s’identifier et savoir qu’ils ne sont pas seuls.

Est-il dangereux d’affirmer son orientation sexuelle au Nigeria ?
Oui, la législation et le climat social empêchent d’évoluer librement. En Afrique, la répression de l’homosexualité est souvent justifiée par la ”tradition”, mais elle découle en partie des lois de l’époque coloniale et de l’influence des mouvements religieux conservateurs. Au Ghana ou en Ouganda, les dirigeants politiques se focalisent sur les personnes queer pour mieux détourner l’attention des échecs économiques. On sert de boucs émissaires.

Combien de temps avez-vous passé à Lille ?
Ma résidence artistique à Lille a duré deux semaines. Ce qui m’a frappée, ce sont à la fois les similitudes et les différences (entre les communautés queer du Nord de la France et du Nigéria, ndlr). À Lille comme à Lagos, ces groupes débordent de créativité, les gens se rassemblent et construisent des familles de cœur. Mais le contexte est vraiment différent. à Lagos, la ”queeritude” est criminalisée tandis qu’à Lille, on peut s’afficher en public avec plus d’aisance. Cela dit, même ici, j’ai remarqué des disparités entre les personnes queer blanches et les autres, qui mènent souvent d’autres combats – au-delà de leur homosexualité. En effet, notre origine et notre histoire déterminent aussi la façon dont on peut vivre son orientation sexuelle.

Comment avez-vous sélectionné les 30 photographies exposées au théâtre du Nord ?
Elles ont été choisies en collaboration avec l’Institut pour la photographie. Comme prévu, cette sélection présente deux facettes : elle instaure un dialogue entre des portraits réalisés à Lille et au Nigeria. Je souhaite montrer ainsi le caractère intime et universel de la question queer.

Comment décririez-vous votre style ?
Il s’agit d’une approche intime et symbolique, en mettant l’accent sur la narration. Je privilégie les cadrages serrés ou les plans moyens pour ressentir la présence du sujet. Mais je joue aussi avec l’espace, en laissant de la place autour d’un corps pour suggérer l’isolement, ou en l’entourant de nature pour évoquer la liberté. J’accorde une grande importance à la lumière, si possible naturelle : la douceur du petit matin ou de la fin d’après-midi.

Propos recueillis : Arnaud Stoerkler • Photo © Rachel Seidu
Informations
Lille, Théatre du Nord
Peas in a Pod*19.09.2025>20.12.2025mar > ven : 12h30-19h • sam : 14h-19h, gratuit
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