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Le Panini des dictateurs

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Un Panini des dictateurs, comme il en existe pour les footballeurs ? Et pourquoi pas. C’est en tout cas l’idée d’Adrien Nachury et Robinson Béraud, respectivement rédacteur et graphiste de ce drôle d’album. Publié par les Éditions du Motel, Golden Age sort de l’oubli une palanquée de criminels politiques pour la plupart méconnus, que ce soit en Asie ou en Afrique, en Amérique du Sud comme en Europe. À l’heure où la rentrée pointe le bout de son nez, révisons un peu nos cours d’Histoire…

Tout est parti d’une « idée en l’air », confie Adrien Nachury. Celle de créer un “sticker book” façon album Panini rassemblant les tyrans des années 1970. « Parce qu’une dictature, ce n’est pas qu’un despote, c’est une équipe dédiée au crime. Il y a toujours des alliés, des seconds couteaux… ». Sous ses allures de blague potache, le projet a pourtant vite gagné en ampleur, et en sérieux, à mesure de son élaboration… qui a nécessité dix longues années de recherches. « On s’est rendu compte que les images comme les informations étaient peu accessibles, voire édulcorées. C’est devenu un parcours du combattant de trouver des éléments fiables sur ces personnages qui ont pourtant commis des meurtres de masse, des génocides… Mais l’essence de la dictature, c’est de faire disparaître des gens, puis ses traces ». Derrière son aspect kitsch et absurde, ce drôle d’ouvrage permet donc d’exhumer des criminels qui, pour certains, ont fini leurs jours paisiblement. Ou sont toujours en vie…

 

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Glaçants tyrans

Golden Age rassemble ainsi 348 vignettes pour 29 dictatures, présentées sous forme d’équipes de 12 personnes. De la junte militaire de Jorge Rafael Videla en Argentine à Jean-Bedel Bokassa, autoproclamé “empereur de Centrafrique” (et bon copain de Giscard avec qui il chassait l’éléphant), ces pages fourmillent de biographies vérifiées et de portraits essentiellement dénichés dans les tréfonds du Web. Surtout, on découvre ici un tas de bobines et d’atrocités méconnues. Par exemple, saviez-vous qu’avant de devenir le royaume de la K-pop, la Corée du Sud fut jusqu’en 1979 une dictature ? Sous l’égide du général Park Chung-hee, le centre de “réhabilitation” Brothers Home, à Busan, a ainsi retenu plus de 4000 malheureux, entre tortures, viols ou assassinats (inspirant, selon certains, la série Squid Game).

That’70s Show

Mais pourquoi s’être focalisé sur les années 1970 ? « Parce que c’est une période assez foisonnante en termes de dictatures, un “âge d’or”, selon Robinson Béraud. Et puis aussi pour créer une unité visuelle. Cette imagerie de militaire à képi nous paraissait assez symbolique… ».
Les photographies, parfois réduites à quelques pixels, ont toutes été coloriées à la main, offrant à l’ensemble une esthétique vintage. Avec le risque, peut-être, d’offrir à ces affreux un côté “cool”? « C’est vrai, mais cet aspect décalé et dérangeant est important car il pousse à s’intéresser à ces faits, peut-être plus qu’un livre d’Histoire classique ». Et nous invite à ne pas oublier les horreurs du passé, un homme averti en valant toujours deux…

Texte : Julien Damien / Photo © Les éditions du Motel

À lire / Golden Age – dictatures et dictateurs des années 1970, de Robinson Béraud et Adrien Nachury (Les Éditions du Motel)
80 p., 18€, leseditionsdumotel.fr

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