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Au naturel

 © Sand in Your Eye

Depuis le Royaume-Uni où il est installé, le collectif Sand in Your Eye nous en met plein les yeux ! Entre fresques monumentales sur la plage, sculptures de glace, de sable ou même de boue, ces artistes pas tout à fait comme les autres usent uniquement de matériaux naturels pour créer des œuvres certes éphémères, mais qui marquent durablement les esprits. Jamie Wardley, l’initiateur de cette drôle d’aventure, nous en dit un peu plus.

Quand avez-vous créé Sand In Your Eye, et dans quel but ? En 2003. C’était d’abord mon nom commercial. Au départ, il s’agissait de réaliser des œuvres d’art sympas, mais aussi de créer une plateforme qui me permettrait de développer une activité dans tout le Royaume-Uni, plutôt que de me déplacer en permanence en tant que sculpteur indépendant. Maintenant, nous avons huit employés et des freelances.

Et comment cette idée vous est-elle venue ? J’ai rencontré un sculpteur sur sable, lors de vacances en Norvège, en 1998. Il était en train de travailler, je l’ai salué et à partir de là ma vie a changé. Il m’a proposé d’essayer, j’ai accepté. Quelques années plus tard, il m’a demandé de bosser pour lui et c’est ainsi qu’à partir de 2003, je suis devenu sculpteur de sable professionnel.

Quels sont les matériaux naturels que vous utilisez ? Nous sculptons avec du sable, de la glace, des citrouilles… Nous réalisons aussi du land art sur les plages en ratissant le sable, et dans les champs avec de la peinture de traçage pour terrain de football. Plus récemment, nous avons commencé à concevoir des sculptures dans la boue.

Ayr, Écosse, 2018, portrait d’un héros de guerre tombé au combat sur la plage durant la Première Guerre mondiale / Photo (c) Katielee Arrowsmith SWNS

Ayr, Écosse, 2018, portrait d’un héros de guerre tombé au combat sur la plage durant la Première Guerre mondiale / Photo (c) Katielee Arrowsmith SWNS

Quel est le matériau le plus étrange avec lequel vous avez travaillé ? Bien que cela ne me paraisse pas étrange, je pense que la neige et la glace restent les matériaux les plus inhabituels. La glace est délicate et transparente, mais sa force lui permet de réaliser d’incroyables sculptures qui diffèrent selon que l’on se trouve dans un environnement gelé ou chaud. Conduire un véhicule sur un lac et y plonger une tronçonneuse pour récolter de la glace reste d’ailleurs l’une des expériences les plus étranges que j’ai vécues.

En n’utilisant que des ressources naturelles, essayez-vous d’inciter les gens à penser à la protection de l’environnement ? Je l’espère. Nous nous efforçons de réaliser des travaux ayant un effet important sans pour autant avoir d’impact sur l’environnement, le climat et, après tout, l’avenir de nos enfants.

Le fait que vos œuvres soient éphémères n’est pas non plus anodin, n’est-ce pas ? Ce qui compte dans tout cela, c’est d’être impliqué ensemble dans le processus créatif, plutôt que de réaliser des œuvres permanentes. Les plages sont si belles, c’est un honneur de les parcourir et d’y faire quelque chose, mais cela n’améliorerait pas le paysage si nos œuvres restaient, alors nous sommes heureux de les voir s’effacer ! Et puis nous avons des photographies.

New Brighton, Royaume-Uni, 2021, dessin de 120 mètres © Sand in Your Eye / Bezmond Films

New Brighton, Royaume-Uni, 2021, dessin de 120 mètres © Sand in Your Eye / Bezmond Films

Quelles seraient vos œuvres favorites ? Nous avons dû en créer des centaines, mais je pense que mes préférées sont celles qui, d’une certaine manière, touchent l’âme ou la conscience, de par leur caractère social et environnemental.

Concrètement, comment travaillez-vous ? Quels outils utilisez-vous ? Dans le cas de la sculpture sur sable, il faut d’abord assembler la matière avec beaucoup d’acharnement. Ensuite, il s’agit de lui donner forme à l’aide de pelles, de truelles de construction, de petits couteaux à palette et même d’une fourchette. Pour la sculpture sur glace, nous utilisons des tronçonneuses et des ciseaux. Sur une plage, principalement un râteau.

Les aléas climatiques vous empêchent-ils parfois de créer vos œuvres éphémères ? Mère Nature ajoute certainement un peu de piment au mélange. Mais la plupart du temps, nous y arrivons.

Quels sont vos lieux de prédilection ? Le collectif crée-t-il en dehors de l’Angleterre ? La plupart de nos œuvres sont réalisées au Royaume-Uni. C’est un souhait, car l’un des principes primordiaux était que je n’avais pas besoin de voyager. Mais il arrive que nous soyons accueillis par des rivages étrangers, comme en Normandie, ce qui est toujours un plaisir.

Photo / © Sand in Your Eye
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