agnès b.
En mode graffiti
Si son nom s’écrit en minuscules, c’est bien une créatrice majeure qu’accueille la Piscine de Roubaix pour une étonnante carte blanche. Et ce n’est pas pour célébrer les 50 ans de sa griffe (elle déteste les anniversaires !) qu’agnès b. expose ses vêtements dans l’ancienne capitale mondiale du textile. Plutôt pour affirmer son amour du graffiti, un art auquel elle s’est intéressée très tôt et qui, dit-elle, « embellit la vie et la ville ». Difficile de ne pas acquiescer.
Styliste, collectionneuse, mécène… et infatigable arpenteuse, aussi. Agnès Troublé, dit agnès b., a toujours aimé se balader en ville, fascinée par les traces et mots laissés sur les arbres ou les murs. Son goût pour le graffiti ne doit donc rien au hasard. Et ne date pas d’hier. Dès l’ouverture de sa galerie du Jour à Paris, en 1984, elle exposa ceux qu’on n’appelait pas encore “street-artistes”, à commencer par les Frères Ripoulin. En suivront bien d’autres, dont cette admiratrice de Brassaï (un pionnier de la photographie de rue) collectionnera les oeuvres et avec qui elle mènera de nombreuses collaborations, les invitant à ses défilés et imprimant leurs créations sur ses vêtements.
Des murs aux podiums
C’est par exemple cette robe parée d’une oeuvre bombée sur une porte de la piscine Molitor par le New-Yorkais Futura 2000. Là, les symboles abstraits du Japonais Hiraku Suzuki courant sur un t-shirt noir ou, bien sûr, l’explosion de couleurs et de formes de JonOne, habillant un ensemble pantalon, chemise et veste dans une indéniable harmonie. « On retrouve dans le graff cette spontanéité et cette esthétique populaire propre aux vêtements d’agnès.b., simples et accessibles », souligne Karine Lacquemant, commissaire de cette exposition. Initiée dans le cadre du festival URBX, célébrant les cultures urbaines à Roubaix et dans la métropole lilloise, celle-ci adopte une scénographie de circonstance. Pour cause, les silhouettes sur mannequins de la créatrice se dévoilent le long d’un podium central, auquel font face les oeuvres originales des graffeurs. Il s’agit de traduire ce « dialogue entre l’art et la mode ». Les surprises continuent à l’extérieur, dans les jardins du musée, où agnès b. a garé sa Smart “tunée” par JonOne et A-One, et avec laquelle elle n’a pas fini d’emprunter les routes de la création.






