Visual System
Et la lumière fuse
Avec sa façade néo-Louis XIII en briques rouges et pierres de taille et son architecture Art déco, le bâtiment vaut le coup d’oeil à lui seul. Élevée en 1910, fermée un siècle plus tard, la Banque de France de Béthune n’a pourtant pas fini d’abriter de fameux trésors. Transformé en centre d’art en 2007 pour devenir Labanque, ce lieu de 1500 m² d’espaces d’exposition accueille en ce moment Chroniques, rétrospective consacrée au collectif Visual System.
Dans ce grand hall qui fut l’ancien espace d’accueil de la Banque de France pendent des dizaines de tubes. L’obscurité tombe, les premiers sons retentissent. À ces beats électroniques augmentés de notes d’orgue répondent alors, dans une parfaite synergie, les pulsations multicolores des LEDs. Le spectacle est saisissant, immersif, offre une expérience sensorielle et une bonne définition de la synesthésie. En d’autres termes, il s’agit de « voir la musique et d’entendre la lumière », pour citer le compositeur John Cage, dont la maxime guide depuis toujours le travail de Visual System. Né en 2007 à Paris, ce collectif entremêle au fil d’installations virtuoses architecture et musique, design et programmation. Pour autant, les qualifier d’artistes numériques serait réducteur. « Certes, il y a du code derrière ces oeuvres, mais ce sont avant tout des sculptures lumineuses et sonores », selon Émilie Lahaye, chargée de la programmation de Labanque, qui consacre au quatuor sa première rétrospective, entre créations in situ et plus anciennes.
Symphonie fantastique
Du rez-de-chaussée au sous-sol, de la salle des guichets à celle du coffre-fort court ainsi une hypnotique symphonie scintillante. Rythmée de vibrations techno ou de respirations éthérées, cette partition de formes et de couleurs épouse à merveille les lignes du bâtiment Art déco. Elle se glisse dans les casiers des archives, rebondit sur les murs et comptoirs marbrés, redessine les espaces… Quelque part entre le rêve et la réalité, ces installations initient un dialogue entre patrimoine et technologie, offrant à l’occasion un écrin à quelques figures electro (on y attend les concerts de Yuksek et de Molécule). Et puis, comme un contre-point à ce maelstrom visuel et sonore, le second étage de Labanque suggère une randonnée au milieu d’un écosystème chimérique créé par le duo Ambroise & Victor. Tracés à l’encre de Chine, ces dessins en grand format révèlent un bestiaire peuplé de mondes intérieurs. Ils questionnent avec poésie notre rapport à la nature, lors d’une balade tout aussi lumineuse.














