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Comme un avion sans ailes

 As Real As It Gets (c) Thomas Nolf

Les uns parcourent les aéroports de la planète pour observer les avions. Les autres s’improvisent commandants de bord depuis leur chambre ou leur salon… mais tous partagent le même rêve : s’échapper un temps de la terre ferme et de ses problèmes. Durant cinq ans, le photographe belge Thomas Nolf a sillonné le monde pour rencontrer des “plane spotters” et des pilotes de simulateur de vol. Rassemblées dans un livre et une exposition présentée à Waregem, ses images explorent avec un humour tendre notre éternel besoin d’évasion.

Enfant, Thomas Nolf caressait un doux rêve : devenir pilote d’avion. « Quand j’ai eu dix ans, mes parents nous ont offert à mon frère et moi un baptême de l’air, déclenchant cette passion », explique-t-il. Mais sa vie prit un autre chemin. Le Flamand se tourna vers la photographie, qui lui permit d’assouvir ses désirs d’aventure et de voyage. Et puis patatras. En 2020, la pandémie de Covid-19 cloua tout le monde au sol. Confiné chez lui, Thomas aurait pu apprendre à faire du “pain maison” ou du macramé. Il décida plutôt de glisser la dernière version de Microsoft Flight Simulator dans son ordinateur, histoire de tester la véracité de son prometteur slogan : As Real as It Gets – soit “le plus réel possible”. C’est ainsi qu’il s’extirpa de cette réalité brutale pour parcourir virtuellement les cieux, et renouer avec ses ambitions d’antan. « Ce fut le début de ce projet, ça m’a donné l’idée de trouver des gens qui aimaient les avions et partageaient cette quête de liberté ».

 As Real As It Gets (c) Thomas Nolf

As Real As It Gets (c) Thomas Nolf

Une fenêtre vers le ciel

Au gré de ses recherches sur le web, Thomas Nolf a donc rencontré des pilotes de simulateur de vol « un peu plus aguerris que moi », sourit-il. C’est-à-dire des acharnés qui, au joystick et à l’ordinateur, préfèrent les installations du genre monumental et hyperréaliste, avec leurs manches à balai, écrans de navigation panneaux de contrôle et autres farandoles de boutons. « Beaucoup sont même persuadés d’être capables de diriger un vrai avion, assure le photographe. Et certains le pourraient tout à fait ». À l’image de John, 82 ans, rangé des coucous et devenu prêtre. Cet Anglais a reconstitué chez lui, après 14 ans d’obstination, la réplique d’un cockpit de Boeing, augmentée de grands écrans sur lesquels défilent des paysages aériens. L’homme a d’ailleurs prêté à Thomas Nolf son improbable machine, visible à Waregem.

 As Real As It Gets (c) Thomas Nolf

As Real As It Gets (c) Thomas Nolf

En bout de piste

En parallèle, l’artiste s’est aussi intéressé à une autre communauté : celle des “plane spotters”, des amateurs squattant les aérodromes partout sur le globe pour admirer les plus belles carlingues, lors du décollage ou de l’atterrissage. Ce périple l’a emmené de Marseille à Las Vegas, en passant par Maho Beach, à Sint-Maarten, un spot iconique. Située dans les Caraïbes, cette île est dotée d’un aéroport très particulier. Pour cause : sa piste est très courte. Afin de pallier cette bizarrerie, les pilotes doivent voler à basse altitude… en frôlant la plage. « Les avions sont très proches, les touristes se réunissent sur le sable pour en sentir le souffle, c’est vraiment surprenant ». Au moins autant que les photographies de Thomas Nolf, dont les couleurs vives, renvoyant à l’esthétique des jeux vidéo comme à celle du cinéma, traduisent à merveille cet état situé entre la fiction et la réalité. C’est-à-dire pile à l’endroit du rêve.

Julien Damien / Photo : © Thomas Nolf
Informations
Waregem, Be-Part
15.03.2025>18.05.2025jeu > sam : 14h-17h30, dim : 11h-17h30, Gratuit

À lire / As Real as It Gets, de Thomas Nolf (Art Paper Edtions) 200p., 40€, artpapereditions.org

 

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