PhotoBrussels Festival
L'heure de vérité
Créé en 2016 à l’initiative du Hangar, le PhotoBrussels Festival investit durant un mois près d’une cinquantaine de lieux dans la capitale belge, et demeure à l’image de la ville : diversifié. Après un cru 2024 ayant attiré plus de 100 000 visiteurs (et avant une dixième édition en 2026 coïncidant avec les 200 ans de l’invention du médium !), zoom avant sur une programmation toujours aussi surprenante.
Une fausse image trahit-elle pour autant la vérité ? C’est une question vertigineuse, et ô combien actuelle, que soulève le Hangar à travers Aİmagine. Derrière ce néologisme se cache une exposition qui met les pieds dans le plat : celui de la photographie façonnée par l’intelligence artificielle. « On début, on n’osait pas y aller, c’est très provocateur de s’intéresser à l’IA quand on défend la photographie. Pourtant on ne peut l’ignorer, c’est comme l’arrivée du numérique, on doit vivre avec, alors autant y réfléchir », explique Delphine Dumont, directrice du centre d’art et fondatrice du PhotoBrussels Festival.
Parmi les 17 projets présentés lors de cet accrochage, il y a par exemple celui de Claudia Jaguaribe, qui s’appuie sur ces nouvelles technologies pour donner un visage aux femmes brésiliennes qui ont écrit l’histoire de leur le pays, sans jamais avoir été représentées… Citons aussi Michael Christopher Brown. Ce photojournaliste a franchi le Rubicon en 2023 avec 90 Miles, reportage généré par l’IA et illustrant la migration cubaine vers la Floride, dans les années 1960. Cette période n’ayant pas été documentée, l’Américain l’a “reconstituée” en s’appuyant sur le témoignage des principaux intéressés. Alors, certes, la photo a plus ici valeur d’illustration que de preuve, mais l’information est-elle pour autant erronée ? Cette réflexion prend d’autant plus de relief au regard de l’hommage consacré par le centre Géopolis aux photojournalistes gazaouis, soit les seuls à témoigner, au péril de leur vie, des atrocités commises par l’armée israélienne dans la bande de Gaza. Sans eux, point d’images et toujours plus d’angles morts…
Profondeur de champ
Au fil de 46 rendez-vous disséminés dans toute la capitale belge, la photographie se dévoile ainsi sous ses formes les plus diverses (documentaires, artistiques) pour aborder une multitude de sujets : l’architecture via l’objectif de Lucien Hervé (grand complice de Le Corbusier), l’identité et la masculinité (les corps “multiples” de Rami Hara et Ugo Woatzi), notre rapport à la nature (le “post-tourisme” de la Polonaise Ada Zielinska, sur les lieux frappés par des catastrophes climatiques)… Surtout, à l’heure où notre société croule sous les images, ce festival nous rappelle l’importance du point de vue, du regard. De l’émotion aussi, à l’instar d’À partir d’elle. Présentée à la Fondation A, cette exposition collective est consacrée au rapport que des artistes entretiennent avec leur mère (de LaToya Ruby Frazier à Sophie Calle) faisant plus que jamais rimer intime et universel.











