PhotoBrussels Festival
Vision panoramique
Plus d’une cinquantaine de lieux d’exposition, des artistes issus du monde entier, confirmés ou émergents, des rétrospectives en pagaille, des portraits, des reportages, des performances… Ne cherchez plus : durant un mois, Bruxelles se mue en capitale de la photographie ! Initié par le Hangar en 2016, le PhotoBrussels Festival inaugure sa huitième édition, et met à l’honneur les multiples facettes d’un art en perpétuelle réinvention. Focus sur quelques temps forts.
Certes, à l’ère du smartphone, l’image est partout, mais quid de la photographie ? À Bruxelles, elle rayonne. Pas de thème imposé ici, mais une multitude de sujets et de techniques. « Notre objectif est avant tout de démocratiser cet art, en favorisant la diversité des approches », soutient Tina Rainoldi, la coordinatrice générale de l’événement. Voilà qui ne déplaira pas à Jacques Sonck. Durant un demi-siècle, celui-ci s’employa à capter la singularité de l’être humain, au hasard de ses déambulations dans les rues belges. Pris au débotté, ses portraits en noir et blanc subliment une faune de personnages originaux. Ils soulignent leur attitude, leur style ou leur morphologie. Les corps sont élancés ou massifs, valides ou handicapés, jeunes ou vieux. Dans le portfolio de cet admirateur d’Irving Penn ou de Diane Arbus, une dame âgée aux faux airs d’Elton John, emmitouflée dans un dantesque manteau de fourrure, côtoie par exemple un adolescent aux jambes interminables. À travers ces modèles fantaisistes, « il remet en cause la notion floue de normalité ». Le Gantois présente une vaste rétrospective de son travail à la Fondation A, l’un des… 56 lieux d’exposition du festival !
Mise au point
Impossible de tous les citer, mais parmi les temps forts, on ne manquera pas Generations of Resilience, au Hangar. L’accrochage met en regard trois générations d’artistes ukrainiens. De l’emprise soviétique des années 1970 à la guerre actuelle, de l’immense Boris Mikhaïlov aux photographes émergents, ceux-ci luttent perpétuellement pour leur indépendance. Leurs images témoignent d’un quotidien difficile, bien sûr, mais laissent également poindre une énergie vitale, à l’instar du travail de Lisa Bukreyeva. La Kiévienne a saisi la jeunesse de son pays au fil de compositions vibrantes, comme ces scènes prises en boîte de nuit ou dans des salles de concerts.
Colore le monde
Au fil de cette déambulation dans la capitale européenne, on découvrira aussi des procédés uniques (les tirages sur de la boue de Lucas Leffler), de grands noms (tel l’Israélien Michael Ackerman) et des artistes encore méconnus, mais qui ne devraient pas le rester longtemps. Tenez : Derrick Ofosu Boateng. Au Brussels African Art Center, ce Ghanéen dévoile des scènes “feel good” saturées de couleurs (et de sourires) de la jeunesse africaine. À rebours des clichés misérabilistes accolés au continent, ses images sont toutes prises et éditées avec… un iPhone. Car au final, peu importe l’outil, pourvu qu’on ait le regard.
Zoom sur deux expositions
Spirit of the Forest
À l’heure où nos forêts disparaissent peu à peu, Fab Rideti ressuscite les êtres mystiques cachés dans ces lieux propices à tous les fantasmes. Mais ici, elfes, centaures et autres faunes ont une curieuse apparence. Pour cause, ces personnages sont fabriqués à partir de cartons recyclés. Ça n’a rien d’un hasard. L’artiste française dénonce avec poésie notre fâcheuse tendance à la surconsommation, réduisant les arbres en pâte à papier et en emballages – et sa ribambelle de colis de livraison, pas toujours essentiels. En réactivant les gardiens séculaires de cette nature boisée, la photographe puise dans le mythe et l’inconscient collectif pour mieux nous placer face à… notre conscience.
>> Bruxelles, jusqu’au 02.03, Frédérick Mouraux Gallery, mar > sam : 11h-18h, gratuit, frederickmourauxgallery.com
Chronicles of the Ordinary
Depuis 2014, Elsa Parra and Johanna Benaïnous forment un binôme détonant. Ces artistes françaises changent de rôle, d’âge et même de sexe au gré de leurs envies. Héroïnes de leurs propres clichés, elles changent d’apparence au fil de compositions très cinématographiques, soit autant de récits visuels que chacun pourra prolonger à sa guise. Ici elles deviennent des adolescentes et jeunes adultes en jogging ou treillis (Couple of Them), là les personnages d’un road-trip lynchien (Beyond the Shadows) ou incarnent une galerie hétéroclite de femmes intemporelles (Les douze heures du jour et de la nuit). À Bruxelles, cette rétrospective retrace le fascinant parcours de deux caméléonnes.
>> Bruxelles, jusqu’au 09.03, Galerie La Forest Divonne, mar > sam : 11h-19h, gratuit, galerielaforestdivonne.com
Sélection / Exposition collective – Generations of Resilience (Hangar, jusqu’au 23.03) // Ève Cadieux – I Have Seen the Future (Atomium, jusqu’au 25.02) // Michael Ackerman – Light. Darkness. (and some Smoke) – (box galerie, jusqu’au 02.03) // Derrick Ofosu Boateng – Capture(s) Viewing Room #03 (Brussels African Art Center, jusqu’au 31.03) // René Bertrand – Femmes du Sud du Maroc (1933-1967) (Centre culturel espace Magh, jusqu’au 29.02) // Jacques Sonck (Fondation A, jusqu’au 31.03) // Lucas Leffler (Lee Bauwens Gallery, jusqu’au 25.02)
















