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Le kitsch, c'est chic

© Marie Darcq

Débordantes de dérision et de couleurs, les oeuvres de Marie Darcq marient avec malice tradition et modernité. Pour cause, cette créatrice diplômée de l’école supérieure des métiers d’arts d’Arras transpose des figures historiques, du cinéma ou de la culture pop sur des assiettes en porcelaine délicieusement kitsch. Alors, vous reprendrez bien une pincée d’humour pour finir votre repas ?

Elles ont beau être plates, les assiettes de Marie Darcq ne manquent pas de relief ni de piquant. Seraient-elles un peu fêlées ? Certes pas, mais elles honorent quelques brutes épaisses comme Mister T., Stallone ou Chuck Norris, « mon chouchou », confesse l’intéressée. Née d’une envie de « créer une dichotomie entre la fragilité du support et la force du sujet », cette série se nomme C’est pas de la guimauve, et fut la toute première d’une myriade de décalages désopilants. En sus de ces icônes viriles de l’époque bénie de la VHS (« eh oui, j’ai grandi avec la téloche des années 1980 ! »), on trouve dans le vaisselier en porcelaine de cette quadra de fameuses figures de la culture pop (Jean-Pierre Marielle, Tom Selleck aka Magnum), des psys qui “passent à table” (Freud, Lacan) et quelques affreux jojos. La série J’aime pas les régimes égratigne ainsi d’abominables dictateurs, de Pinochet à Kim Jong-un, tandis qu’Al Capone et Pablo Escobar se planquent dans une forêt de bambous, au fond d’une assiette marquée par un impact de balle, derrière l’intitulé… Un dernier pruneau pour la route ! « En fait, je pars toujours d’un jeu de mots en rapport avec la nourriture, avant de trouver les personnages qui collent », explique l’artiste, également décoratrice d’intérieur.

Couverts de succès

Par essence kitsch, conçues dans un four selon le procédé de sublimation (qui utilise la pression et la chaleur pour transférer les images sur le support), ses créations s’ornent aussi de fonds fleuris, étoilés ou de cieux romantiques. Inspirés par « la ringardise des toiles de Jouy », ces décors aux couleurs flashy accentuent un truculent déphasage entre le fond et la forme. Parfois, la native de Melun agrémente ses compositions d’un petit message. C’est “le bruit et l’odeur” à côté de la bobine ahurie de Jacques Chirac (qui ne fut pas toujours sympathique) ou ce “keep the fesse” accompagnant la très rétrograde Christine Boutin, la renvoyant à l’expression anglaise “Keep the Faith” – soit “garde la foi”. Si elles supportent mal les coups de fourchettes, ses assiettes accueillent volontiers desserts et parts de pizza, trouvent leur place accrochées sur un mur… et se dégustent avant tout avec les yeux.

Julien Damien / Photo : Marie Darcq
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