Home Exposition FLOPS ?!

L'Art de se planter

MUAM FLOPS Vernissage © Frédérique Toulet

Et si l’innovation avançait en multipliant les faux pas ? Avec Flops ?!, le Musée des Arts et Métiers ouvre ses réserves les moins glorieuses et transforme l’échec en terrain d’enquête jubilatoire. Une exposition qui dédramatise le raté, sans jamais le minimiser.

Dès les premières salles, le visiteur comprend qu’il ne s’agit pas d’un simple cabinet de curiosités. Ici, pas de célébration sarcastique du “ils se sont plantés”, mais un récit construit, presque méthodique, de ce qui cloche quand une invention rencontre le réel. La scénographie évoque un entrepôt de prototypes abandonnés, un arrière-monde de l’innovation où l’histoire s’écrit moins en lignes droites qu’en zigzags. L’exposition commence par ce que tout le monde redoute : l’accident. Des objets pensés pour simplifier la vie, mais devenus dangereux, inutilisables ou franchement gênants. Une poupée qui mâche tout ce qui passe à sa portée (nos doigts en particulier), une crème cosmétique enrichie au radium, ou encore un ketchup vert, identique au rouge côté goût, mais rejeté pour une simple question de couleur. Autant de bides qui rappellent que la technique ne suffit pas : l’usage, la perception et le contexte ont toujours le dernier mot.

© Katerine Kamprani The Uncomfortable

© Katerine Kamprani The Uncomfortable

Anatomie d’un fiasco

À mesure que l’on avance, Flops ?! affine son propos. Le sourire s’estompe, l’analyse prend le relais. Prix mal ajusté, technologie avant-gardiste, ergonomie défaillante ou mauvaise communication, chaque échec est décortiqué comme un cas d’école. Le LaserDisc en est un parfait exemple : avec une qualité d’image et un son inégalés, mais incapable d’enregistrer, il laisse le champ libre au VHS de JVC. La supériorité technique ne garantit donc rien si l’objet ne s’inscrit pas dans les usages. À l’inverse, certaines idées trop précoces attendront des décennies avant de devenir évidentes (visiophone, voiture électrique…).

Relève assurée

Cette lecture bienveillante de l’échec est au cœur du projet. Bertrand Cousin, chef du département des expositions, le confirme : « Notre société valorise les réussites et dévalue l’échec, alors qu’il faut souvent savoir échouer pour avancer ». Il s’agit donc de rompre avec une vision trop lisse du progrès. Certains loupés, en avance sur leur temps, sont les racines de futurs succès. Le message, porté par le parrain Philippe Starck, est aussi limpide : « L’essentiel n’est pas la réussite immédiate, mais le feu créateur ». En quittant Flops ?!, on ne regarde donc plus les ratés de la même façon. On les voit comme des brouillons nécessaires, parfois maladroits mais profondément humains.

Nicolas Pattou - Photos © Frédérique Toulet

Flops ?!
Paris, Musée des Arts et Métiers (Le MuAM)
Jusqu’au 17.05, mar > dim : 10h-18h, ven : 10h-21h, 12/9 € (gratuit -18 ans)
arts-et-metiers.net

instagram : @museeartsetmetiersparis

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