Animalis Machina, Cococh Industry
Réflexion à la chaîne
Quoi de mieux, pour préserver les ressources naturelles, que de construire ses propres animaux ? Telle est la devise de Cococh Industry. Soutenue par le Musée d’histoire naturelle de Lille, cette exposition immersive nous ouvre les portes d’une usine où des machines produisent de la viande, nourrissant avec dérision le débat sur notre rapport au vivant.
C’est un drôle de manufacture qui s’est installée au rez-de-chaussée du Tripostal. Pour cause, dans cette usine agroalimentaire futuriste, point de veaux, de vaches ni de cochons gavés jusqu’au museau, mais des créatures biomécaniques produisant de la viande de synthèse… Durant la visite de cette chaîne de production pilotée par l’IA, on découvre des “incubateurs de tranches de jambon prédécoupées”, mais aussi d’œufs, de lait, de bœuf haché ou de sushis. Au fil d’un processus parfaitement chorégraphié, leur “chair” est découpée sans que ces êtres cybernétiques (dotés d’une jolie trompe) ne ressentent la moindre douleur, avant d’être réintroduits dans un bassin d’incubation régénérant leurs succulentes protéines. Ou comment marier rendements mirifiques et éthique ! Un monde parfait, en somme…
La raison du plus bête ?
Durant cette balade, on apprendra même comment sont fabriqués nos petits compagnons domestiques trop “mimis”, spécialement conçus pour faire craquer les réseaux sociaux, et bien d’autres “cocochs”, terme renvoyant à la novlangue marketing comme au vocabulaire enfantin. « Eh oui, il ne faut jamais oublier de prendre les consommateurs pour des imbéciles », s’amuse Franck Dion, dans la peau de l’héritier de ce faux fleuron de la tech, mais vrai conteur d’histoires aussi loufoques qu’inspirantes. À Lille, cet illustrateur et réalisateur de films d’animation dévoile une installation immersive hors norme. Quelque part entre Blade Runner et Frankenstein, l’œuvre se présente sous forme de vidéo-mapping projeté sur des écrans en relief. Drôle, un poil sarcastique, elle s’appréhende surtout comme une fable dystopique, interrogeant notre rapport (complexe) à la consommation, à l’intelligence artificielle et aux animaux, ces “machines sans âme” comme l’affirmait Descartes. À tort ou à raison ? Ça, c’est à vous de voir…












