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Corps et âme

Daniel Turner © Isabelle Arthuis

Les objets ont-ils une âme ? Un esprit ? Les lieux que nous traversons gardent-ils en mémoire le passage des êtres humains ? Telles sont les questions soulevées par Daniel Turner, qui investit des sites abandonnés pour tenter de matérialiser l’invisible. À l’occasion de sa première exposition dans un musée belge, il a travaillé à partir d’un endroit chargé d’histoire : l’ancienne prison de Forest.

Daniel Turner a toujours nourri un rapport singulier avec la création. L’Américain fut d’abord peintre… avant de brûler toutes ses toiles, en 2006. Cet autodafé marquera un bouleversement radical dans son processus. Depuis une dizaine d’années, il travaille ainsi à partir de sites désaffectés « encore chargés de la présence de leurs anciens occupants, précise Denis Gielen, le directeur du MACS. Ce sont des endroits en général assez rudes, que l’on pourrait qualifier d’inhospitaliers ». Par exemple des usines, des établissements psychiatriques voire des pénitenciers, à l’image de la prison de Forest, près de Bruxelles, inaugurée en 1910 et que le plasticien a exploré six mois après sa fermeture, en 2022.

La capture des mots

Sensible aux rebuts et matériaux métalliques (son père était soudeur et ferrailleur, récupérant des carcasses de bateaux sur un chantier naval), il a choisi un certain nombre d’objets sur place. Il les a ensuite “transformés”, par différentes méthodes chimiques ou mécaniques, pour révéler la présence humaine qui a peuplé ces lieux, comme autant de fantômes. C’est par exemple ces pupitres qu’on trouvait dans les cellules et dont le New-Yorkais a obtenu grâce à un procédé de distillation une huile noire, guidé par « cette idée poétique et métaphysique d’extraire toute la mémoire dont ce bois s’est imprégné ». L’artiste imagine ainsi que ce liquide contient les discussions qui ont pu avoir lieu autour de cette table – ou même les lettres qui y ont été écrites.

L’alchimiste

Dans le même esprit, il a fait fondre une cinquantaine de radiateurs de l’ancienne prison (lesquels chauffaient aussi bien les détenus que les gardiens) pour en obtenir deux grandes barres métalliques de plus de 600 kilos. Il a aussi récupéré des poignées de portes en laiton, imprégnées de millions de contacts humains, qu’il a ensuite réduites en poussière puis frottées sur le mur du musée, révélant comme une ombre l’existence spectrale de ces « parias de la société ». S’il définit sa pratique comme étant « archéologique », difficile de ne pas comparer Daniel Turner à un alchimiste, qui parvient à puiser de la spiritualité, et de l’émotion, dans la matière la plus triviale.

Julien Damien / Photo : Daniel Turner © Isabelle Arthuis
Informations
Hornu, MACS
15.12.2024>06.04.2025mar > dim : 10h-18h, 10 > 2€ (gratuit -6 ans)
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