David Meskhi
Force d'abstraction
L’être humain serait-il doué de la capacité de voler ? Aussi saugrenue soit-elle, la question mérite d’être posée face aux photographies de David Meskhi. Depuis le début de ce millénaire, l’artiste géorgien saisit des gymnastes en pleine action, le corps figé dans les airs, transformant ces exploits sportifs en tableaux intemporels. Des clichés sublimés lors de l’exposition Our Son, My Moon, au MAMC+ de Saint-Étienne, et dans un livre paru aux éditions Light Motiv.
Des hommes et des femmes la tête à l’envers, au-dessus d’une barre asymétrique, d’un trampoline ou littéralement suspendus dans les airs. En somme, des corps libérés des lois de la gravité… Ainsi figés dans le vide, leurs mouvements dessinent d’irréelles silhouettes flottantes, tandis que la lumière se fraye un chemin dans la composition pour flatter le physique de ces athlètes volants, au milieu de couleurs saturées ou en noir et blanc…
La gym dans le sang
Voilà plus de 20 ans que David Meskhi photographie de jeunes gymnastes en action. Fils de l’ancien entraîneur de l’équipe nationale de gymnastique de l’ex-URSS, il a toujours été fasciné par ce milieu. De Tbilissi, chez lui en Géorgie, à Berlin, en passant par Saint-Étienne, cet artiste ne cesse de capturer des acrobates en plein effort, de préférence loin du sol et de toutes considérations politiques, après une transition réussie de « la photographie documentaire à l’art », dit-il. « J’ai consciemment décidé de dépouiller mes œuvres de la symbolique soviétique, pour me concentrer sur le corps que j’ai désassemblé et rendu abstrait », confie l’intéressé à Aurélie Voltz, la directrice du MAMC+, dans le livre Our Son, My Moon. Parfois flous, voire totalement, décadrés, ses clichés ne visent pas tant à magnifier des exploits sportifs qu’à véhiculer une indéniable poésie.
Un peu de légèreté
Ses angles de prise de vue paraissent tout aussi improbables que les positions de ses sujets, comme si David Meskhi, survolait lui aussi le monde. Certains tirages évoquent le courant de l’hyperréalisme, s’appréciant alors comme autant de peintures. Ce mélange de gestes acrobatiques et de couleurs chaudes renvoie à la palette de son enfance. Cela traduit en filigrane une quête de l’essence même de la photographie. À travers son travail, il recherche « une boucle éternelle, des scènes sans début ni fin », une harmonie entre le mouvement du corps et la lumière. Dans une époque pour le moins plombante, ses images procurent une salutaire légèreté…
Exposition à Saint-Étienne, jusqu’au 16.03, MAMC+, mamc.saint-etienne.fr
À visiter/ @datomeskhi /
À lire / Our Son, My Moon, de David Meskhi (Light Motiv), 144 p., 35€, editionslightmotiv.com













