Home Best of Chroniques Everybody Loves Touda

Le chant des possibles

Après Much Loved en 2015, Nabil Ayouch brosse un double et vibrant portrait. En lice pour les prochains Oscars, ce film décrit le parcours d’une femme en quête d’un avenir meilleur tout en livrant une critique sans concession de la société marocaine. Touda paie cher son indépendance dans un pays encore largement dominé par des règles ancestrales…

Au cœur du récit, il y a Touda, une mère courage qui lutte pour offrir un avenir à son fils sourd, Yassine. Dans ce village reculé des montagnes de l’Atlas, elle chante dans un bar pour survivre, et rêve en grand. Casablanca, la ville de tous les possibles, se présente comme une échappatoire. Là-bas, elle espère devenir une cheikha, soit une chanteuse d’aïta, cette musique qui célèbre l’amour et la résistance. Ce déménagement est aussi une nécessité, car il s’agit d’offrir à Yassine une scolarité adaptée à son handicap. Chaque fois qu’elle monte sur scène, Touda transcende son quotidien, revendiquant une liberté interdite. Manipulant les hommes qui la convoitent, elle inverse les rôles. Néanmoins, dans cette société patriarcale, ses ambitions se heurtent à un mur quasi infranchissable…

Entre libération et désillusion

À travers cette histoire de résilience, Nabil Ayouch signe un magnifique portrait de femme. Les paysages de l’Atlas, majestueux et intemporels, constituent des personnages à part entière. Ils forment la fois un refuge pour Touda, mais aussi une prison silencieuse qui étouffe ses rêves. Ces montagnes, belles à couper le souffle, incarnent également le poids des traditions et des sacrifices imposés. Ce tour de force technique et narratif (conclu par un impressionnant plan-séquence de dix minutes) cristallise toute la complexité des choix de Touda, entre soif d’émancipation et réalité implacable. Comment ne pas l’admirer et l’aimer ?

Arthur Chapotat / Photo : © Nabil Ayouch

De Nabil Ayouch, avec Nisrin Erradi, Joud Chamihy, Jalila Tlemsi…. En salle le 18.12


Articles similaires