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Le cinéma italien des années de plomb

Jean-François Rauger

Le cinéma italien ne se limite pas au néo-réalisme ou aux western spaghettis. Les années 1970 ont galvanisé le Septième art de l’autre côté des Alpes, donnant naissance à un cinéma politique (et populaire). Dans son ouvrage richement documenté, Jean-François Rauger dresse un panorama passionnant d’une Italie déchirée.

Les années de plomb commencent en 1969 avec l’attentat de la Piazza Fontana, à Milan, et s’achèvent, selon les historiens, en 1978 avec l’exécution d’Aldo Moro, ou en 1980 avec l’attentat de la gare de Bologne. Occupations d’usines, grèves, affrontements entre extrême-gauche et néo-fascistes… Cette guerre civile de basse intensité imprégna profondément le cinéma transalpin. À côté de chefs-d’œuvre auscultant le passé signés Fellini (Roma, 1972) ou Bertolucci – Le Conformiste (1970) ou 1900 (1976) – le cinéma populaire hérite du néo-réalisme d’après-guerre tout en absorbant la tension (élevée) de la société contemporaine. La comédie se fait plus désabusée (Rapt à l’italienne, 1973 de Dino Risi), tandis que le poliziottesco, cousin fauché et ultra-violent de Dirty Harry, explore les bas-fonds des grandes villes (Roma violenta, 1975 ou Napoli violenta, 1976). Le giallo, à l’esthétique plus léchée, mêle horreur et érotisme pour disséquer les mœurs et les mutations sociales (Torso, 1973, précurseur du slasher). Avec ce livre, gorgé de magnifiques illustrations, Jean-François Rauger pose un regard à la fois cinéphile, politique, historique sur ce cinéma italien qui connut, dans les années de plomb, son dernier âge d’or.

Thibaut Allemand / Photo © DR

A Lire / Rosso Sangue – Le cinéma italien des années de plomb
de Jean-François Rauger, (Façonnage), 290 pages, 24 €

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