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La mode fringante

Peter Knapp
Trois Quatre Cinq, pour
Courrèges, Fotomontage, Paris,
1965
© Peter Knapp

Son nom ne vous dit peut-être rien, pourtant son influence fut immense. Peter Knapp, c’est l’homme qui a renouvelé la photographie de mode et relooké la presse, en France, à l’orée des sixties. Directeur artistique du magazine Elle jusqu’en 1977, le Suisse bouleversa les codes graphiques de l’hebdomadaire et modifia le regard porté sur les mannequins. À Charleroi, cette exposition focalise sur le travail d’un artiste touche-à-tout, qui accompagna l’émancipation féminine alors à l’oeuvre.

Faire tout l’inverse de ce que propose Harper’s Bazaar, le magazine chic de la bourgeoisie américaine. Voici, en résumé, le projet présenté à Peter Knapp par Hélène Lazareff, la fondatrice de Elle, lorsqu’elle l’engage comme directeur artistique. Nous sommes en 1959, l’époque est au changement. En France, les femmes ont obtenu le droit de vote il y a 15 ans, et aspirent à plus de liberté. L’hebdomadaire doit se métamorphoser pour accompagner cette révolution. Il ouvre alors ses colonnes à des intellectuelles comme Simone de Beauvoir ou Marguerite Duras. Cette mutation passe également par l’image, le vêtement : il faut tourner la page d’une presse corsetée, peuplée de modèles d’une inatteignable beauté et vitrines de la haute couture – tout aussi inaccessible. Knapp ne se fera pas prier. Graphiste de formation, peintre, le Suisse ne connaît pas grand-chose à la photographie de mode, mais va en exploser les codes…

En apesanteur

Travaillant avec les plus grands couturiers (Courrèges, Cardin…), ce « faiseur d’images » soutient la généralisation du prêt-à-porter. Sous son regard, les mannequins traduisent cette évolution culturelle au fil de compositions dynamiques. Exit les poses statufiées. Ici, les femmes sourient, bougent et donnent l’impression de voler, photographiées par en-dessous alors qu’elles sont allongées sur des tables transparentes ou sautant sur des trampolines. « Il les saisit aussi dans la rue, comme si elles se promenaient entre copines, sans artifice », observe Peter Pfrunder, le directeur de la Fondation suisse pour la photographie, à l’origine de cet accrochage.

Peter Knapp Pour Courrèges, Thoiry, 1979 © Peter Knapp

  Pour Courrèges, Thoiry, 1979 © Peter Knapp

Pages mouvantes

Avec Peter Knapp, les mannequins s’échappent du studio, de la pesanteur terrestre… mais également du cadre. Pour cause, elles débordent sur le texte et jouent avec les lettres, les portant parfois autour de leur bras comme de gros bracelets ! Car Elle connaît aussi un sérieux lifting, s’orne d’une typographie plus “pop”, d’une maquette sans cesse renouvelée (qui fera des émules dans la presse française). « Il y a une adéquation entre cette période d’émancipation et le mouvement insufflé dans les pages du magazine, ajoute Xavier Canonne, le directeur du Musée de la photographie de Charleroi. Ce n’est pas pour rien que l’exposition s’appelle Mon temps, car Peter Knapp a véritablement incarné cette époque ». Et inspire toujours la nôtre.

Julien Damien / Photo : Peter Knapp Trois Quatre Cinq, pour Courrèges, Fotomontage, Paris, 1965 © Peter Knapp
Informations
Charleroi, Musée de la Photographie

Site internet : http://www.museephoto.be

03.02.2024>26.05.2024mar > ven : 9h-17h • sam & dim : 10h-18h, 8 > 4€ (gratuit -12 ans)
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