Home Reportage Toys Discovery Museum

En avant les histoires !

© Julien Damien

On a trouvé la maison du père Noël ! Elle ne se situe pas en Laponie, comme certains l’affirment, mais à Bruxelles. Plus précisément dans les sous-sols d’un ancien complexe industriel requalifié, Tour & Taxis. Inauguré en mai 2022 par le Français Richard Blin, le Toys Discovery Museum révèle une monumentale collection de jouets. Entre pièces antédiluviennes, succès d’antan ou trésors sous emballage (comme ce chevalier Playmobil plaqué or !), ces pirates, soldats et autres dinosaures esquissent un fascinant portrait de l’Homo ludens.

On pourrait appeler ça “l’effet Amélie Poulain”. Rappelez-vous : cette scène où Bretodeau ouvre sa boîte à souvenirs et replonge illico dans son enfance, en un flash de quelques secondes. C’est précisément ce que l’on ressent en traversant le Toys Discovery Museum. Au détour d’une allée de ce bâtiment de 500 m2, sagement posé dans une vitrine, se trouve forcément un jouet oublié, mais qui a accompagné votre jeunesse. Cela pourrait être cette figurine de Skeletor échappée des Maîtres de l’univers, ce Goldorak ou encore ce psychédélique Manège enchanté – mais sans doute pas ce soldat en bois vieux de 500 ans. Pour cause, sont ici exposées des milliers de pièces datant du XVe siècle à nos jours, et issues d’une centaine de pays ! Fuyant les cartels (trop) explicatifs et toute chronologie, le parcours est découpé en salles thématiques, pour mieux se poser à hauteur d’enfant. Ici la jungle, là les super-héros (Marvel, DC Comics et consorts) ou encore la pop culture et son cortège de produits dérivés, de Bonne nuit les petits à Albator, en passant par les Schtroumpfs.

© Julien Damien

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War Game

Ceci dit, cette visite ne se résume pas à une ingestion massive de madeleines de Proust. Entre réalité et imaginaire, c’est aussi une histoire de l’humanité qui se dessine. « J’ai eu l’idée de réorganiser ma collection sous cet angle devant un épisode d’Il était une fois… l’Homme », confie Richard Blin, ancien reporter de guerre devenu « archiviste » du joujou à l’aube de ce millénaire, jusqu’à en amasser près de 32 000 puis fonder ce musée. Dans la salle des pirates par exemple, les bateaux Playmobil et autres héros de One Piece côtoient de vraies chaînes d’entraves, rappelant le commerce d’esclaves qui eut cours jusqu’au XVIIIe siècle entre les continents… Jalonnant la partie consacrée aux guerres, par exemple, des productions d’époque nous montrent comment les fabricants (et les gouvernements) utilisèrent le jouet à des fins politiques (de propagande) à travers les antiques petits soldats de plomb ou les figurines G.I. Joe made in Hasbro, pour mieux sacraliser l’armée. « Les petits garçons ont joué à la guerre avant d’être enrôlés, de tous temps et dans tous les pays ». Sauf les filles évidemment, qui apprenaient à devenir de bonnes mères…

© Julien Damien

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Histoires parallèles

Dans cette même section se côtoient aussi quelques raretés : à côté d’un véritable uniforme de la police allemande, qui sévissait dans les années 1940 dans les rue de Bruxelles, on trouve des poupées à l’effigie de Goering ou Hitler, dont la fabrication est interdite en Europe, mais pas en Asie. Les affreux de tous poils sont d’ailleurs bien représentés dans le musée (de Saddam Hussein à Dark Vador). « Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’Histoire, mais les méchants ont toujours le meilleur rôle ». Et ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Durant la seconde moitié du XXe siècle, les États-Unis, soucieux de faire oublier la guerre, ont créé leur propre patrimoine culturel (eh oui, ils n’ont pas de chevaliers) pour mieux rejouer l’Histoire à leur avantage… en mettant en scène de vilains Indiens en lutte contre les gentils cow-boys blancs.

© Julien Damien

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Jolies poupées

Au fil de cette promenade, on voit également la façon dont les marques adaptent leurs gammes au gré de l’évolution des moeurs. « Jusque dans les années 1970-80, c’était encore la petite fille infirmière, le petit garçon policier… puis les codes ont changé ». Désormais, on envoie une Barbie afro dans l’espace ! À ce propos, les Français n’ont pas attendu Mattel pour se montrer inclusifs. En témoigne cette poupée noire vendue durant les années folles dans l’Hexagone, en écho au phénomène Joséphine Baker… Bon, sur ce on vous laisse, on a encore pas mal d’histoires à se raconter, et autant d’aventures à imaginer !

Julien Damien / Photo : © Julien Damien

Toys Discovery Museum

Bruxelles, Avenue. du Port 86C, Tour et Taxis (cave des Sheds), mer > dim : 10h-18h (+ lun & mar durant les vacances scolaires), 12/9€ (gratuit -3 ans), toys-discovery.museum

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